Le web peut-il ressuciter le journalisme ?

 « Le choix de la presse était le seul choix de la rationalité contre le fantasme » disait Tomas Legrand sur France Inter au lendemain des élections présidentielles américaines. Il n’a pourtant pas été suivi. Même, il a été contesté. Accusés de désinformation, les journalistes et plus spécialement les journalistes web sont en danger. Depuis l’émergence il y a 25 ans du premier site, internet puis les réseaux sociaux ont tout avalés, comme l’écrit Emily Bell, directrice du Tow Center for Digital Journalism de la Columbia Journalism School. Le web a imposé son désir de nouveauté: nouvelles relations, nouvelles sources, nouvelles façons de raconter. Réalisable ?

Une menace permanente

Avec ses 1,6 milliards d’utilisateurs, Facebook est devenu la principale source d’information. Les articles se lisent en un clic. Sans frais. Voilà la menace des journalistes web. Le New York Times, malgré une augmentation de 200 000 abonnés au mois de septembre a perdu 13% de ses revenus. Les publicités comme seules sources de revenus, les médias sont parties à la chasse au clic. Binge-publishing, titres racoleurs, – dont celui de Franceinfo – voici les méthodes trouvées pour attirer le lecteur. En inondant nos newsfeeds, ils ont perdu en qualité mais surtout en crédibilité. Et dans cet océan de posts, se sont logés ces hoax, bloggeurs peu scrupuleux, qui n’hésitent pas à transformer la réalité et grâce à leurs codes visuels calqués sur les médias, trompent le lecteur. En septembre 2015, Isabelle Oakeshott révélait le scandale – révélé infondé par la suite – du « Piggate » impliquant le PM Cameron dans une histoire sordide mêlant sexe et cochon. Véritable phénomène depuis l’élection de Trump et élu mot de l’année par l’Université d’Oxford, la post-vérité définit l’obstination d’un public à croire une information malgré que cette dernière ait été démentie. Ainsi, chacun créé sa propre vérité et le journaliste web est noyé à grande vitesse dans une masse d’opinion.

Overdose de fact-checking

Pour contrer ce flux d’intox, les journalistes Web se sont lancés dans une course perdue au fact-checking. On pense ainsi aux Décodeurs ou encore à Désintox’ qui décryptent l’information.  A la frontière de l’ultra-neutralité, ils ne fondent leurs articles que sur des chiffres et des paroles d’experts, qui perdent le lecteur.

Au-delà de cette pratique, les journalistes sont perçus comme les gardiens d’un cadre défini par les politiques. On parle alors de journalisme post-politique. C’est ainsi que les grands médias s’emploient à critiquer les annonces de Marine Le Pen pour ne pas parler des Républicains ou du PS. Mais comme pour l’élection de Trump, la sensibilité des médias n’est pas critiquée : c’est d’avoir rendu omniprésents ces personnes dans le champ politique. Le lecteur se retrouve donc face à une ribambelle d’articles tous uniformes et calqués sur le même schéma alors que les médias même perdent en crédibilité concernant leur distanciation aux politiques.

Le retour au terrain

Arron Banks, partisan du Ukip explique : « La campagne du Remain n’était que des faits. Cela ne marche pas. Nous devons nous connecter aux gens par l’émotion. C’est ce qui explique le succès de Trump ».Entre les désinformés et les désabusés de l’information, le journaliste Web voit se dessiner un futur sombre. Pourtant, l’émergence d’autres médias comme Vice montrent que le journalisme web peut prendre une nouvelle forme : celle de l’engagement. Du moins, celle du récit. Pour lutter contre cette médiocratisation de la presse, le journaliste web ne peut plus être qu’un journaliste assis : il doit se lever, aller sur le terrain. Non par pour collecter mieux l’info, mais pour en faire une histoire, qui associe fantasme et réalité et le différencie des bloggeurs déconnectés. Le Monde, avec la création de sa Task Force, s’est engouffré dans cette tendance. Les paris pris par Mediapart et autres de créer des versions uniquement payantes ne peuvent être relevés que si le contenu est à la hauteur du prix demandé. Comme l’équipe Spotlight du Boston Globe, les journalistes web doivent utiliser leur support pour divulguer des enquêtes approfondies, sûres et complètes. Une nouvelle voie s’ouvre devant les journalistes web, à eux de l’emprunter.

Julie Chapman

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« Slow media » : l’avenir du journalisme web ?

Les journalistes web sont souvent amenés à traiter de l’actualité chaude, devant s’adapter au rythme rapide imposé par Internet. Mais certains journalistes ont décidé de ralentir la cadence.

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« La presse du 21ième siècle doit explorer d’autres rythmes, et réapprendre à surprendre, à étonner les lecteurs ». Dans son manifeste publié en 2013, la revue XXI, prend ses distances avec le journalisme 2.0.  Contre « l’infobésité », terme inventé par David Shenk en 1993 pour désigner le trop-plein d’informations, les fondateurs de la revue prônent un « journalisme utile ». Laurent Beccaria et Patrick de Saint-Exupéry, souhaitent sélectionner l’information et surtout prendre leur temps. En rupture avec le rythme imposé par Internet.

Ils se positionnent en plein dans la tendance du « slow journalisme » ou « slow media ». Le mouvement « slow » apparaît pour la première fois en Italie, dans les années 80, dans le domaine de la nourriture. Le « Slow Food » s’opposait alors aux fast-foods. C’est en 2010 qu’il investit le milieu journalistique, dans un article du Huffington Post américain. Son principe ? favoriser le temps long, le qualitatif plutôt que le quantitatif et le style narratif.

« Donner du sens à des sujets »

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Le site d’informations Les Jours propose des « obsessions » qui se déclinent en plusieurs épisodes

Initié d’abord dans la presse papier, le « slow » s’est également développé sur le web à l’image du site Les Jours, lancé en 2015 par des anciens journalistes de Libération. Le collectif confie à Télérama, son désir de « lutter contre cette infobésité, cette actu sans mémoire. [De] donner du sens, du temps, de l’espace à des sujets qui nous semblent importants… […] ». L’information dite « longue » est donc privilégiée, sous la forme d’« obsessions », comme les épisodes d’une série. Fabien Perrier, a suivi, par exemple, pendant des mois les Jaamour, une famille de réfugiés syriens en fuite. Le travail du journaliste web se détache alors quelque peu des contraintes liées à Internet. L’idée étant de traiter d’un thème d’actualité en racontant une histoire, avec plusieurs chapitres.

« le slow journalisme version numérique est ce que le mode plein écran est à la notification push »

Pour attirer les lecteurs sur le web, l’apparence est cependant primordiale, comme le précise Raphaël Garrigos à Télérama : « la mise en scène est importante, pas question d’utiliser de simples photos ». En somme, « le slow journalisme version numérique est ce que le mode plein écran est à la notification push », selon Clara-Doïna Schmelck, journaliste médias à Intégrales Mag et Socialter.

Un modèle viable ?

Ces sites d’informations comme Les Jours ou encore Imprévu, proposent aussi des modèles économiques différents. On ne trouve aucune publicité sur leurs sites. Ils sont payants et vivent donc des abonnements. Un pari qui peut s’avérer risqué, la gratuité sur le web étant encore privilégiée par les internautes.

Pourtant certains sites se revendiquant du « slow journalisme » connaissent des succès notables à l’image de De Correspondent, aux Pays-Bas, qui attirerait chaque jour 30 nouveaux abonnés, en moyenne. L’historien des médias, Patrick Eveno, reste tout de même prudent. Il craint que ces succès ne résident que dans un lectorat « de niche », c’est-à-dire un petit groupe de personnes, souvent avec un niveau d’éducation élevé. « C’est utopique de vouloir détacher le journalisme des contraintes économiques et financières, parce que le journalisme est né avec l’économie de marché », a-t-il affirmé à l’AFP.

Un défi qui n’effraie pas les journalistes des Jours qui espèrent atteindre 25 000 abonnés d’ici trois ans. D’autant plus que ce format leur garantit plus d’indépendance et de liberté dans le choix des sujets. Comme le précise Rob Orchard, fondateur de Delayed Gratification, pour le site Ina Global, « nous avons conçu le magazine que nous, journalistes, aurions envie de lire ».

Laura Andrieu

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Journaliste et rédacteur sur le web : même combat ?

Au premier regard les deux professions de journaliste en ligne et rédacteur web peuvent présenter des similitudes. Pourtant, il existe entre elles des différences fondamentales.

Le web est leur terrain de jeu. En ligne, rédacteurs et journalistes ont délaissé le bruissement des feuilles pour le claquement des touches d’ordinateur. Tous deux partagent une mission similaire : éditer des contenus sur des sites internet. Articles, brèves, mais encore liens hypertextes, photos et vidéos : le contenu publié sur la toile est varié.

Mais la liberté de contenu va de paire avec certaines contraintes techniques que les rédacteurs comme les journalistes se doivent de respecter. Car sur internet, dynamisme et clarté sont les règles d’or de l’écriture pour « accrocher » le lecteur. La réactivité est aussi de mise pour actualiser le contenu si le besoin se présente.

La rédaction sur internet présente aussi pour les plumes du web l’occasion d’utiliser toutes les potentialités du multimédia. C’est sur la toile que se sont développées les infographies, qui permettent de clarifier des informations. Elles sont à présent utilisées également dans la presse papier et à la télévision. 

Le journaliste comme le rédacteur doit également gérer le référencement de son contenu sur internet. Les moteurs de recherche sont des intermédiaires entre eux et les lecteurs. Il est donc important en publiant un contenu de savoir améliorer sa visibilité, par exemple en soignant les mots clés de l’article.

Des différences fondamentales

Même support, même technique de rédaction et nécessité d’être polyvalent… Au premier regard les professions de journaliste et rédacteur web semblent être ainsi très similaires. Mais comme souvent, les apparences peuvent être trompeuses ! En y regardant de plus près, ces deux métiers sont en réalité très différents l’un de l’autre.

Si on devait identifier la différence la plus notable entre l’activité d’un journaliste web et celle d’un rédacteur web, il s’agirait de la destination du contenu édité. À qui est-il adressé et dans quel but ?

Le journaliste web exerce en réalité la même mission que ses confrères de la presse papier. Il choisit un sujet à traiter et va faire des recherches dessus, en allant sur le terrain si il le faut. L’article est ensuite publié sur le site internet d’un journal ou encore sur un pure player, ces médias en ligne comme Mediapart ou Les Jours. Le contenu est soumis à une exigence de neutralité de la part du journaliste : il cherche à transmettre une information la plus juste possible aux internautes.

Et c’est ainsi qu’il se distingue du rédacteur web. Ce dernier en effet se rapproche plus du communiquant. Sa mission est d’alimenter le site internet de l’organisme, public ou privé, pour lequel il travaille. Ici, pas de nécessité de reportage sur le terrain : il communique sur les services que propose son employeur.

Dans leur essence, les deux professions n’ont donc rien à voir l’une avec l’autre. L’une vise à informer, l’autre à promouvoir. Sur le papier comme sur le web, le journaliste n’est décidément pas un rédacteur comme les autres.

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Le journaliste web à l’assaut des réseaux sociaux

Snapchat, Facebook, Periscope… Les médias délaissent leur site web au profit du smartphone et des réseaux sociaux. Avec quel impact sur le travail de journaliste ?

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Le bus se fait attendre ? En quelques clics sur Snapchat Discover ce 7 décembre, on saute de l’affaire Cahuzac aux Grammy Awards en passant par les derniers résultats de l’Europa League.

Le 15 septembre dernier, huit médias francophones ont investi la fonctionnalité Discover de Snapchat, lancée en 2015 : Le Monde, L’Equipe, Paris Match, Cosmopolitan, Vice, Melty, Tastemade et Konbini. Avec 8 millions d’utilisateurs quotidiens en France, l’application offre un espace de visibilité conséquent pour ces groupes de presse. Objectif : aller chercher les lecteurs là où ils sont et, surtout, capter les moins de 25 ans, soit 71% des utilisateurs de Snapchat selon Télérama.

« L’objectif numéro 1 est d’aller toucher un public différent, confie Emmanuel Alix, directeur du pôle numérique de L’Equipe, au Blog du Modérateur. 80% des Snapchatters n’étaient pas consommateurs des contenus L’Equipe. Aujourd’hui, grâce à Snapchat, on touche un public plus jeune, et plus féminin ».

Facebook Live, Instagram, Periscope… Snapchat n’est pas le seul réseau social dans lequel les médias s’engouffrent. Le pure-player Quartz a révélé début 2016 un système de diffusion de l’information via un chat par SMS. MinuteBuzz, lui, a tout simplement abandonné son site web, le 3 septembre dernier, et fait le pari d’une information exclusivement diffusée sur les réseaux sociaux. Une stratégie adoptée par AJ+, la plateforme d’Al-Jazeera, ou encore le tout jeune média Brut.

Le smartphone semble devenu le principal outil de travail et de publication des journalistes qui peuvent, en plein reportage, partager des vidéos d’une manifestation ou tweeter les propos clés d’un procès aux assises.

Le journaliste web, « véritable couteau-suisse »

Une mutation qui influence le journalisme. Un petit tour sur Snapchat Discover et l’on s’aperçoit que le divertissement joue à armes égales avec l’actualité générale, elle-même traitée sur un ton léger.

Le style d’écriture se fait décalé, volontiers pédagogue. Simple, clair et concis. Jean-Guillaume Santi, responsable Snapchat au Monde, confirme pour Télérama : « Au Monde, on nous dit de faire de la pédagogie. Sur Snapchat, c’est de la pédagogie au carré. Il faut être synthétique et efficace. C’est une nouvelle manière d’informer ».

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Colorés, animés, customisés.. un aperçu des contenus de Paris Match, Le Monde et Konbini sur Snapchat Discover, 7 décembre 2016.

Le journaliste web doit donc adapter ses sujets, son ton, mais surtout les formats. Pas question de faire du simple copier-coller : les réseaux sociaux nécessitent de soigner le visuel et de concevoir des contenus « natifs ». Le dispositif Discover, par exemple, implique des vidéos tournées à la verticale et du texte sur des images, le tout arrosé de GIF’s, couleurs éclatantes et musiques entêtantes.

Véritable couteau-suisse, le journaliste web jongle donc entre carnet de notes, smartphone et ordinateur, entre vidéos, textes ou infographies. Il ne lui faut plus seulement trouver le bon angle pour le bon sujet, mais aussi identifier quel format et quel support le mettront le plus en valeur. Les réseaux sociaux pour la viralité et le divertissement, les push pour l’actualité chaude et brute, le long article pour l’analyse. A l’assaut des réseaux sociaux, les rédactions se transforment en mini-laboratoires, où le journaliste doit être toujours plus polyvalent, s’adapter toujours plus vite, innover en permanence.

Aude Le Gentil

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Le rédacteur web, le « journaliste Shiva »

            Après s’être adapté à la radio et à la télévision le journalisme doit désormais composer avec le web. Une mutation de la profession obligeant le journaliste à devenir très polyvalent. 


 

La lecture d’un journal semble désormais bien loin de ce que définissait Hegle comme « la prière matinale de l’homme moderne ».  Désormais ultra connecté, l’homme post-moderne lui, s’informe en continue tant sur son smartphone que sur son ordinateur : il passe d’articles en articles, de vidéos en vidéos. Pour répondre à cette demande les journaux créent des versions numériques. Des papiers illustrés, accompagnés de cartes interactives, de liens, de commentaires, de photos. Bref, l’article web n’a plus rien à voir avec le papier de la page 4 du quotidien. Des articles 2.0 qui obligent – ou incitent – le journaliste à devenir multifonctions. Sarah, étudiante en deuxième année à l’ESJ en apprentissage au Journal du dimanche.fr a choisi la spécialisation web pour « plus de liberté». Cette passionnée de photos et d’écriture a vu le potentiel de numérique dans lequel elle peut s’exprimer plus facilement « avec l’écriture on peut vraiment se faire plaisir, concilier l’image, le son, l’écriture et pleins d’autres choses ». Contrairement à la télévision, qui regroupe également son, image et information « à l’écriture particulière », le web s’émancipe de cette lourdeur technique, « une simple vidéo prise à l’Iphone ajoutée à un article peut faire l’affaire » expliquera Sarah.  Plus seulement rédacteur, le journaliste web fait preuve de polyvalence pour rendre les sujets attractifs. C’est dans cette volonté de s’adapter au marché en mutation que les écoles de journalisme accordent leurs cours. Presque systématiquement les formations dispensent dorénavant des cours de sensibilisation au SEO (Search Engine Optimization) une technique qui permet de positionner une page web dans les premiers résultats naturels des moteurs de recherche.

« Plus qu’un journaliste, le rédac’web communique »

Le journaliste web, surnommé « Shiva » par Jean-Marie Charon lors des Journées du Numérique en raison de ses nombreuses compétences, multiplie les cordes à son arc, pour envahir internet. Les réseaux sociaux peuvent aussi servir à promouvoir les chroniques. En tête de gondole : Facebook et Twitter. Des outils digitaux auxquels sont sensibles les journalistes web car ils représentent une porte d’entrée plus importante, cumulant plus de « vues », que le site lui même. C’est l’analyse du quotidien Le Monde, qui  s’est d’ailleurs doté d’un compte Snapchat à la rentrée 2016, toujours avec cette volonté de multiplier les plateformes d’informations. « En tant que journaliste web on cherche tout les moyens de communiquer le plus possible sur nos articles, on peut les actualiser, les rendre meilleurs » argumente l’apprentie journaliste.

Si les compétences du rédacteur web sont de plus en plus courues par les rédactions, le journal papier, lui, reste encore nécessaire. En terme économique le format print représente environ 80% du revenu d’une rédaction. Un passage qui se fera certainement en douceur « avec le web tout reste à inventer » optimise Sarah.

Alizé BOISSIN

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Zhou Shuguang : un journaliste web pas comme les autres

Considéré comme l’un des pionniers du journalisme citoyen, Zhou Shuguang, blogueur chinois originaire de la ville de Meitaban, mène des enquêtes, réalise des interviews et raconte tout ce qu’il voit sur son blog… exactement comme un journaliste professionnel.

Zola se prend toujours en photo devant la scène qu'il voit pour montrer qu'il a été "témoin de l'événement".

Pour montrer qu’il est « témoin des événements » qu’il couvre, Zola se prend toujours en photo sur les lieux de la scène.

Dans son gros sac à dos noir, Zhou Shuguang (alias Zola ou Zuola en chinois) emmène avec lui tout le nécessaire pour ses reportages : en plus des traditionnels bloc-notes et stylos, un appareil photo, un enregistreur audio et, surtout, un téléphone portable pour tenir la twittosphère au courant de l’avancée de l’enquête. Ce jeune chinois de 35 ans est ce que l’on pourrait appeler un journaliste 2.0. Or il ne se présente pas comme tel.

« Quand je rencontre quelqu’un, je ne me présente pas comme journaliste, mais comme un blogueur qui veut parler de leur histoire ».

Travaillant comme réparateur d’ordinateurs dans une entreprise de graphisme, Zola ouvre son blog en 2004. Il y publie des articles sur sa petite ville de Meitanba dans la région du Huna, abordant la corruption de l’administration locale et les mouvements sociaux fréquents, passés aux oubliettes par les médias traditionnels. Alors qu’un journaliste web classique détient des notions basiques de SEO (Search Engine Optimization) et de CMS (Content Management System), le blogueur chinois lui maîtrise ces outils à la perfection.

« De 5000 à 500 000 visites par jour »

En mars 2007, le cyber-journaliste de 26 ans se fait alors connaître en postant des articles sur un couple de propriétaire qui s’oppose à la démolition de leur maison à Chongqing. La ville se situant à 900km de son domicile, Zola fait appel aux dons de ses lecteurs, une méthode qu’il gardera par la suite.

« Les Chinois sont conscients de la censure dans les médias traditionnels et ils pensent qu’Internet va permettre de combler ce vide. Tous ceux que je rencontre, même dans les coins reculés, sont très réceptifs à l’idée d’être filmés, pris en photo, et de savoir que leur histoire va se retrouver quelque part. Je n’aurais jamais pensé que mon blog allait passer de 5 000 à 500 000 visiteurs par jour ! » Zhou Shuguang dans une interview pour France 24.

Depuis cet épisode, connu sous le nom d’affaire des « maisons-clous », la notoriété de Zola ne cesse de grandir au fur et à mesure des enquêtes qu’il mène. En juin 2007, il couvre et retransmet sur sa chaîne Youtube (ci-dessous) la manifestation contre l’implantation d’une usine pétrochimique à Xiamen, une histoire passée là-encore au crible par les médias traditionnels. Il se rendra aussi à Wengan, fin juin 2008, pour couvrir les émeutes anti-gouvernement provoquées par la mort d’une adolescente de 15 ans.

Une lutte acharnée contre la censure

Face à la popularité grandissante du blog, Zhou Shuguang a vu certains de ses articles censurés par les autorités chinoise, au nom du « bouclier doré chinois », un pare-feu mis en place en 2003 pour censurer Internet. Il se voit même contraint d’héberger son site à l’étranger pour échapper à la censure. Le contrôle est tel qu’en 2008 le blogueur est détenu quelques heures par les autorités locales dans sa ville natale de Huna. Il parvient à commenter sur Twitter sa détention, avant d’être reconduit dans sa ville de Meitanba, où il est assigné à résidence.

Autodidacte à 100%, Zhou Shuguang fait parti de ce cercle plutôt fermé de cyber-journaliste dénonçant avec succès les atteintes aux Droits de l’Homme dans leur pays. Tout comme Yaoni Sanchez à Cuba ou Alaa Abdel Fattah en Égypte, il n’a eu besoin que d’une chose : internet.

Connor Owens

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Troll 1 – Presse en ligne 0

Ah, les trolls. S’ils n’existaient pas, Internet n’aurait pas la même saveur. Ces internautes qui provoquent délibérément des polémiques, polluant à outrance la moindre discussion, pullulent sur les sites d’informations et rendent la tâche difficile aux modérateurs, qui ne savent réagir face à cette horde de commentaires sarcastiques ou haineux. Discussion ou fustigation ? Telle est la question.
TROLLING

Je troll, tu trolles, il troll. Conjugué à toutes les sauces – du commentaire sophistiqué au kikoo inutile en passant par l’insulte gratuite – les trolls n’ont pas attendu bien longtemps pour s’emparer de la presse en ligne. Sites d’informations participatifs ou page web des grands quotidiens nationaux, personne n’échappe à l’apparition des « trolls de bas de page ». C’est marrant, ça nous fait rire cinq minutes et puis ça devient vite rébarbatif. Et avouons-le, c’est quand même un peu triste.

La chasse aux trolls est déclarée

Alors, à l’heure d’une information qui se veut interactive, le débat autour des trolls s’est installé dans le paysage médiatique. Il serait même prouvé que de mauvais commentaires peuvent être nuisible, dénaturant l’information et polarisant l’opinion des lecteurs, notamment sur des sujets hautement idéologiques. Pour y faire face ? Certains les laissent passer, d’autres fustigent et d’aucuns filtrent en demandant une adresse e-mail, un abonnement ou en faisant payer une contribution par commentaire. Mais toute modération a un coût – en temps et en argent – et si elle dissuade les bonnes volontés, il n’est pas moins certain qu’elle taise l’envie de nuire des trolls.

Comment-bashing

La tendance du moment semble être une solution plus radicale, déjà adoptée par certains sites anglo-saxons comme Reuters, Vice, Popular Science, The Daily Dot ou encore The Toronto Sun : celle de supprimer les commentaires de leur page web car « leur nature incendiaire ne faisait qu’asphyxier les vraies conversations ». Mesure sécuritaire ou incompréhension du fonctionnement du web social ? Pour l’heure, il semblerait que les réseaux sociaux – Facebook ou Twitter – soient plus adaptés à l’émergence d’un débat « intelligent », commentaires haineux et autres trollings ayant dépassé largement le pourcentage de commentaires constructifs à la fin des articles. C’est du moins ce qu’avancent les sites d’informations qui prônent le « comment-bashing». Reste à savoir si déplacer les trolls est une solution.

AF

 

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