Quelle place pour les e-lecteurs?

Le lancement du quotidien 100% numérique disponible sur Ipad, “The daily”, marque une avancée de plus vers l’ère du tout internet. Cette dernière création illustre l’interaction entre le monde de l’information et celui de la toile. Nombreux en sont les atouts : rapidité de l’information, proximité du journaliste avec ses lecteurs et émergence de débat en instantané, type “live blogging”. En effet, la plupart des sites d’information en ligne allouent un espace aux commentaires. Alors que pour la version papier, le courrier des lecteurs est souvent secondaire, l’afflux de commentaires sur le web laisse entrevoir quelques problèmes.
Pour mesure la popularité d’un journal, le taux de clicks et de réactions s’est substitué aux chiffres de ventes en kiosques. En principe, le nombre de commentaires est corrélé positivement à l’intérêt porté à l’article, ce qui est bon signe pour le journaliste.
Pourtant, la facilité avec laquelle il est désormais possible de donner son avis, couplé à celle de se couvrir de l’anonymat, laisse apparaître de nombreuses dérives. Remarques désobligeantes, connotations racistes ou encore insultes proférées à l’encontre du journaliste, s’insèrent au flux de réponses.  Alors que dans la “vie réelle” ce type de comportement pourrait rester capitonné à la sphère privée (bien que des courriers injurieux peuvent être envoyés via la poste) sur internet cela s’expose publiquement. Sous couvert d’anonymat ou d’un pseudonyme qui n’engage l’intégrité de la personne que si elle l’a désiré, l’incivisme se révèle sous la forme de commentaires “rageurs”. Le risque de ce type de remarques est de créer un mouvement en chaîne, type effet boule de neige, faisant dégénérer le débat vers des domaines contraire à la ligne éditoriale du journal. Cela se vérifie  avec d’autant plus d’importance, pour les sujets “sensibles”, tel le conflit israélo-palestinien, les affaires de moeurs, les divers scandales politiques.
Les journaux tentent d’endiguer cette dérive de plusieurs façons. Une charte doit généralement être signée par les utilisateurs de l’espace communautaire. Celle du Figaro stipule que “le savoir vivre et la politesse sont les bienvenus”, Rue 89 parle “de commentaires enrichissants” tandis que l’Express affirme que “les insultes, les attaques personnelles, les agressions n’y ont pas leur place”. Cela semble pourtant insuffisant puisqu’une partie des personnes qui ont signé ces chartes ne se voit guère empêchée de les transgresser par la suite.
Les sites web d’information ont donc décidé de modérer les commentaires. Ils peuvent le faire a priori, c’est-à-dire qu’il faut que l’administrateur ait validé le commentaire pour qu’il apparaisse, ou bien être a posteriori. Dans ce cas, toutes les réactions sont validées automatiquement, mais celles jugées non-conformes à la charte sont retirées. Cette pratique peut-être assimilée à une former de censure. D’autant plus que le rôle de gardes-fou des chartes, ne repose que sur des notions très vagues – “diffamation”, “antisémite”- laissant une grande place à la subjectivité du modérateur. Cela laisse perplexe quant à l’attractivité d’un rapprochement entre le journaliste et son lecteur. D’autant plus que cette activité de modération, parce que chronophage, est sous-traitée à des entreprises spécialisées mais n’ayant aucune connaissance spécifiques à l’engagement éthique d’un média en ligne. Pour ne citer qu’un exemple, Concileo gère l’activité des commentateurs du Figaro, Elle, 20 minutes, Libération, etc. Autant de titres aux contenus différents, parfois contradictoires.
Ainsi à l’heure où les formes du journalisme sont réinventées sur internet, les enjeux de l’interaction journaliste – lecteur sont encore peu appréhendés. Pourtant, comme le précise la charte de Rue 89, “le travail du journaliste ne s’arrête pas après la publication de son article”.

(Laurène)

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A propos Marie Maurisse

Journaliste en Suisse
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Un commentaire pour Quelle place pour les e-lecteurs?

  1. arnopaillard dit :

    C’est vrai qu’à Rue 89 ils t’incitent fortement à « défendre le bout de gras » dans les commentaires, comme ils disent. Sachant que ça prend du temps et que c’est assez lourd de répondre cinq fois à la même accusation venant d’internautes différents.

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