La sérendipité à l’heure de la politique du «clic»

En quête d’un nouveau modèle économique, les médias Internet sont pour l’heure dépendants de l’attractivité des articles qui conditionne leur référencement sur Google News. Cette réalité semble laisser peu de place aux sujets moins populaires auprès du public.

Lors de son discours inaugural à l’école de journalisme de Sciences Po Paris en septembre 2010, Jay Rosen, professeur à la New York University, a conseillé aux futurs journalistes d’anticiper les désirs du public en lui offrant des informations qu’il n’attend pas. Il s’agit de donner au lecteur ce qu’il demande tout en lui permettant de découvrir des sujets qu’il n’était pas venu chercher sur le site. Ces découvertes inattendues ont un nom : la sérendipité.

Une information « limitée à des intérêts prédéfinis »

Le mot anglais « serendipity » désigne la faculté de trouver des informations inattendues et intéressantes sans les avoir chercher. Devenu très à la mode dans les débats sur les nouvelles technologies, ce phénomène serait en voie de disparition avec l’apparition d’Internet.

C’est la réalité décrite par Rupert Murdoch. Il parle ainsi des lecteurs :

« Ils s’attendent à ce que le contenu adapté à leurs intérêts spécifiques soit disponible partout et à tout moment. Trop souvent, cela signifie que l’information est limitée à des intérêts prédéfinis.

Ce que nous perdons aujourd’hui c’est l’opportunité pour de vraies découvertes informationnelles. »

Et d’ajouter :

« La magie des journaux et des blogs de qualité repose sur leur sérendipité et leur effet de surprise, et sur les compétences d’un bon rédacteur en chef. »

Pensée de groupe ou mort de l’élitisme ?

Seulement voilà, à l’heure d’Internet, la survie des sites d’information dépend souvent de leurs revenus publicitaires et donc du nombre de « clics » qu’un article va provoquer. Dans ce cadre, cibler les demandes des lecteurs et comprendre le système de référencement de sites tels que Google News est indispensable pour les journalistes du Web.

Certaines rédactions utilisent donc des spécialistes du référencement chargés de faire « remonter » les articles dans le flux de Google News quand d’autres, comme GawkerMedia et BloombergNews, payent leurs journalistes en partie sur le nombre de « clics » engendrés par leurs articles.

Alors que la lecture de la presse écrite permettait la sérendipité, la politique du « clic » en vigueur dans certains médias du Web pourrait donc donner naissance à une pensée de groupe guidée par les envies mesurées des lecteurs, devenus consommateurs.

Une vision pessimiste à nuancer, puisque certains voient dans cette nouvelle réalité une opportunité pour les journalistes d’éviter les lignes éditoriales trop élitistes pour mieux s’accorder avec les besoins du public.

Pour continuer la lecture sur ce sujet:

Serendipity, Echo Chambers, and the Front d’Ethan Zuckerman sur NiemanReport

Why SEO and audience tracking won’t kill journalism as we know it de Nikki Usher sur NiemanLab

Serendipity, Lost in the Digital Deluge de Damon Darlin sur TheNewYorkTimes.com

Marie

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A propos Marie Maurisse

Journaliste en Suisse
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