France-Soir, symptôme d’un journalisme papier qui souffre

France-Soir papier, c’est terminé. Ou presque. Le célèbre quotidien, va passer au 100% web, devenant le premier journal de ce type en France, une nécessité face à son faible tirage et à la réalité économique

France-Soir, c’est historiquement, un journal de la libération, fondé en 1944 par deux résistant René Salmon et Philippe Viannay, des grandes plumes qui ont apporté ses lettres de noblesse au titre (Joseph Kessel, Philippe Labro entre autres), un tirage faramineux au cours des années 1950 avec plus d’un million d’exemplaires vendus durant la Guerre d’Algérie et une tradition d’informations fraîches, avec près de sept éditions par jour à l’époque où le journal était à son apogée. La mort de son directeur général Pierre Lazareff en 1972 a changé la donne.

Aujourd’hui France-Soir annonce qu’il arrête sa version papier, pas loin de 70 ans après les premiers tirages. Ce n’est pas la première crise du quotidien, qui avait, dans les années 80 et 90, subi de nombreuses restructurations avec changement de propriétaire à la clef, mais celle-ci semble cette fois-ci plus profonde et insolvable.

Racheté en 2009, par l’oligarque russe Alexandre Pougatchev, la journal a développé une politique commerciale ambitieuse avec notamment une volonté affichée de vendre 200 000 exemplaires par jour. Une politique qui a échoué, les ventes ne décollent pas, fixées à 70 000 exemplaires. L’oligarque a pourtant injecté plus de 100 millions d’euros dans le journal. Mais cet apport financier n’a pas suffit, la faute à une ligne éditoriale trop floue et changeante symbolisée par les nombreux directeurs de rédaction qui se sont succédés. Preuve ultime de la Bérézina du titre, Christine Vulvert, directrice générale du journal a été remercié en Novembre 2010. Les pertes sont abyssales, près de 31 millions en 2010 et 12,7 millions l’année d’avant. La solution du tout Web, est surement la dernière carte que peut abattre Alexandre Pougatchev pour sauver le navire.

L’exemple de certains journaux américains, qui ont déjà abandonné leur édition papier prouve que la manœuvre peut être efficace. Le Seattle Post-Intelligencer a ainsi mis les rotatives au placard en 2009, après avoir essuyé des pertes de plusieurs millions de dollars en 2008. Aujourd’hui, le site d’informations compte plus de 40 millions de pages vues par mois ainsi que 4 millions de lecteurs. Le changement de registre a permis à ce journal de sortir de son précédent marasme. Mais il existe aussi des cas contraires, comme en Finlande où le journal Taloussanomat a périclité après son passage sur Internet.

Tout reste question de contenu et de précision d’informations. Un bon journal ne se juge pas tant sur sa forme: physique ou virtuelle, mais bien sur la qualité de ce qu’il contient, le fond. L’exemple de France-Soir est symptomatique d’une nouvelle forme de recueil de l’information par les lecteurs. L’explosion d’Internet, la démocratisation de la bureautique personnelle, l’émergence des smartphones permettent de s’informer en toute heure et en tout lieu, là où le papier nécessitait au moins une journée d’attente pour obtenir des informations neuves. La génération 2.0 prend le pouvoir, elle est aujourd’hui capable de trouver elle même ses informations et n’attend plus qu’on lui donne.

Joesph Kessel définissait le journalisme  comme  » ramasser le monde en un jour, et le jeter aux hommes chaque matin », aujourd’hui ce sont les hommes qui se jettent sur le monde mais plusieurs fois par jour.

Thomas

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A propos Marie Maurisse

Journaliste en Suisse
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Un commentaire pour France-Soir, symptôme d’un journalisme papier qui souffre

  1. Marie dit :

    Merci Thomas d’avoir courageusement inauguré le thème! France Soir est en effet, pour moi aussi, un exemple assez symptomatique de l’évolution de la presse. J’ai trois remarques :
    – Je ne suis pas entièrement d’accord avec vous sur la phrase « la génération 2.0 prend le pouvoir, elle est aujourd’hui capable de trouver elle même ses informations et n’attend plus qu’on la lui donne ». Oui, car elle peut en quelques clics trouver un chiffre, une donnée ou une actualité. Mais d’abord, tout le monde n’a pas encore un smartphone ou un ordinateur, n’oublions pas la fracture numérique. Ensuite, cette génération peut trouver l’info, mais sait-elle la vérifier, l’analyser, la hiérarchiser? On reçoit vite une info brute, aujourd’hui, mais une information juste, je n’en suis pas sûre.
    – Bien que votre texte soit intéressant, vous avez traité, à mon sens, le sujet du point de vue de la consommation de l’information, c’est-à-dire comment les lecteurs s’informent et pourquoi ce changement de comportement fait mourir les journaux dits « traditionnels » comme France Soir. Mais le sujet était, je crois, à prendre du côté de la fabrication de l’info, du point de vue des journalistes. Donc si l’on repart de votre exemple, celui de France Soir, on pourrait se demander pourquoi le travail des journalistes de France Soir n’était plus « vendeur » et est-ce que le web va changer leur manière de travailler, de trouver l’information, de la dénicher.
    – De manière plus générale (mais je développerai ce point lors du cours), une question développée doit comprendre plusieurs exemples. Vous auriez pu démarrer avec France Soir en un gros paragraphe, puis dérouler vos arguments avec d’autres exemples pour enrichir le propos.
    Et maintenant, qu’en pensent les autres?

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