Le web journalisme ou l’apparence de la liberté

Existe-t-il plus grand espace de liberté qu’internet ? Capable de libérer les arabes, le web devrait pouvoir affranchir les journalistes du joug de l’encre noir qui salit leurs doigts depuis des siècles. D’une Révolution à l’autre, il n’y a qu’une ligne : mort à l’obscurantisme et aux vieilles méthodes, place aux rétroéclairages des claviers plastifiés ! La mise en ligne du journalisme constitue sans doute la plus grande évolution jamais connue par le métier et lui offre, a priori, l’opportunité d’une régénération salvatrice, à l’heure où s’organise un exode massif des maisons de la presse. Pourtant, derrière ce mirage extatique, se profile une toute autre réalité, pleine de contraintes pour le journaliste, qui menace l’intégrité du métier.

 

Le webjournalisme semble ouvrir le champ des possibles à tout rédacteur qui l’adopte. Sans parler du nombre d’emplois créés par ce nouveau média, il apparaît comme le libérateur d’un nouvel espace d’expression libre aux règles moins strictes que le journalisme « papier » dont le ton est parfois dicté par des impératifs économiques et sociaux. Pour se financer et éviter toute mise au ban, la presse traditionnelle tend généralement au conformisme et à la recherche du consensus susceptible de rassembler le plus. Sa version 2.0, plus diffuse et surtout accessible, permet au contraire une spécialisation et une diversification des points de vue défendue et des lignes politiques adoptées. Il serait, par exemple, difficile d’imaginer la viabilité, en format papier, d’un blog identitaire et nationaliste, comme Fdesouche.com, qui parvient tout juste à survivre grâce au soutien de ses lecteurs.

 

Au delà du contenu, les conditions d’écriture du journaliste ont considérablement évolué depuis sa connexion au réseau mondial. Nul besoin désormais de traverser les couloirs poussiéreux de sa rédaction, et d’affronter les mines déconfites de ses supérieurs, le web journaliste peut écrire où il veut et dans n’importe quelles conditions, opérant ainsi un rapprochement, à la fois géographique et temporel, avec les faits qu’il relate. La tendance est particulièrement visible dans le domaine sportif où les journalistes peuvent « taper » leur article depuis les gradins d’un stade ou même commenter « en direct » le match qu’ils sont en train de suivre. Mais cette liberté doit s’accommoder d’une nouvelle limite: l’exacerbation d’une composante originelle du métier de journaliste, l’astreinte temporelle.

Angoisse, précipitation et travail à la chaîne

Si adrénaline et excitation composent le recto de l’instantanéité de l’information, angoisse et précipitation en forment le revers. Le temps c’est de l’info et le journaliste, interdit de réflexion, se voit parfois dépossédé de sa fonction. Moins rigoureux dans le traitement de l’information, il devient vite moins exigeant, faute de pouvoir vérifier ou enquêter. Esclave de ce qui peut devenir un travail à la chaîne, le journaliste se mécanise et renonce à la rigueur. Phénomène fréquent sur les sites d’information dont les fils d’actualité baignent souvent dans la sueur d’un rédacteur brusqué par un quota.

 

Enfin, la liberté d’expression, censée animer la toile, peut aussi se heurter aux réalités marchandes de toute entreprise. Plus encore que le papier glacé d’un magazine, l’écran réclame une certaine présentation. Il faut attirer l’œil pour inciter à cliquer. Car le journalisme est porteur d’une relation que doit entretenir celui qui l’exerce. Internet intensifie la simultanéité du métier et place le journaliste en prise directe avec son lecteur, au risque d’inciter au clientélisme.

 

Plutôt que d’opposer plume et clavier, il convient donc de désenchanter le web journalisme. Loin de pouvoir remédier à tous les travers de l’exercice habituel de la profession, il peut, en effet, en accentuer les défauts. Pourtant, s’il sait tirer profit des avantages de sa technologie, il peut aussi contribuer à multiplier les ressources à la disposition de tout journaliste.

 

Kevin.

 

 

 

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A propos Marie Maurisse

Journaliste en Suisse
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3 commentaires pour Le web journalisme ou l’apparence de la liberté

  1. Marie dit :

    « Affronter les mines déconfites de ses supérieurs » 🙂 Certains sont très souriants ! Plus sérieusement, un point de vue tranché et intéressant. Mais je me demande si vos arguments ne sont pas valables aussi pour la presse traditionnelle, soumise aux mêmes diktats de rapidité ou d’esthétique (mise en page). C’est vrai que l’accélération du temps pose un vrai problème de qualité de l’information, mais pas seulement sur le web: si un ministre fait une déclaration le mardi à 20 heures, l’édition du mercredi de Libération, par exemple, devra contenir cette déclaration (si elle est d’intérêt).

  2. Marie dit :

    Et le dessin, il est de qui ?

  3. Kevin dit :

    Aucune idée. Merci à Google images.

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