Le « journaliste citoyen » peut-il tuer les professionnels ?

Avec Internet, l’information est disponible partout et en temps réel. Certes, la fracture numérique existe, mais beaucoup de personnes y ont accès. Ils apprennent peu des journaux sur le plan factuel. Ils ont même tendance à prendre la place des professionnels. Les journalistes doivent donc redéfinir leur mission.

Le lecteur a toujours été au centre du travail journalistique. Comme l’a fait remarquer Rupert Murdoch, « donnez à vos lecteurs le contrôle de votre media, ils le prendront ; ne leur donnez pas, vous les perdrez ». Seulement, aujourd’hui, le lecteur est lui-même devenu un media. Les « profanes » ne supportent pas d’être mis à l’écart, de ne pas participer à l’information. Internet a créé un « journalisme citoyen ».

L’internaute concurrence le professionnel qui perd son monopole. Chaque membre de la société peut être présent sur la Toile et informer. Ils court-circuitent les journaux traditionnels. Les réseaux sociaux sont un exemple flagrant de cette évolution. Lors des révolutions arabes, Twitter est devenue l’une des principales sources d’information. Tout le monde a accès à l’information, et peut la publier. N’était-ce pas jusque-là le domaine réservé des journalistes ?

En fait, les citoyens offrent une couverture que les agences ou autres media ne pourraient pas offrir. Il n’y a pas de journaliste en tout lieu et en toute heure. Que ce soit avec leur portable, un ordinateur, un appareil ou une caméra numérique, les personnes ordinaires peuvent, elles, faire des reportages de proximité. Les réseaux font le reste. Ainsi, l’information et les images circulent vraiment en temps réel.

Certains sites se construisent sur ce présupposé : chacun est un reporter en puissance et peut fournir de l’information à tous. Agora Vox est l’un d’eux. Lancé en 2005, il est le symbole de ce nouveau journalisme. Il n’est pas nécessaire d’appartenir à la profession. La seule condition pour écrire sur le site est de proposer une information pertinente et de qualité. Celle-ci doit aussi être vérifiée et vérifiable. Les citoyens-journalistes ne doivent donc pas totalement s’affranchir des règles des professionnels. Le but de ce genre de media n’est pas de faire de la désinformation, ou de la propagande. Il a donc mis en place un comité de rédaction et un  « processus d’intelligence collective » (chaque lecteur devient modérateur).

Le journalisme doit faire face à ces nouvelles pratiques et exigences. Si Internet le prive d’acheteurs de presse écrite, ça le pousse avant tout à revoir ses formats. Les codes sont à redéfinir. Comment répondre à ce « journalisme citoyen » et ne pas se laisser dépasser ? Le journaliste a toujours son rôle à jouer. Peut-être plus qu’avant. Si les lecteurs sont très informés, ils ne le sont pas forcément bien. Et c’est là la nouvelle mission du journaliste.

Le débit d’informations est dense mais aussi très touffu. Le travail du journaliste est donc peut-être de hiérarchiser et donner du sens à tout cela. Internet accroit sans aucun doute ce besoin de mise en contexte. Sa capacité de tri, de lecture et d’analyse revêt une très grande importance dans cet univers où les gens ont tendance à « zapper ». Avec Internet et cette masse d’actualité, le journalisme ne consiste pas tant à informer qu’à clarifier des informations déjà connues par le lecteur.

Finalement, nous n’avons peut-être jamais eu tant besoin de journalistes. Ils doivent nous guider dans cette jungle d’informations.

Pauline.


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A propos Marie Maurisse

Journaliste en Suisse
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Un commentaire pour Le « journaliste citoyen » peut-il tuer les professionnels ?

  1. Marie dit :

    Non seulement internet aide le journaliste à travailler plus vite et depuis la lieu qu’il souhaite, mais il permet aussi d’avoir des informations sans se déplacer: souvenez-vous après le tsunami de Fukushima, les première images étaient celles de personnes sur place mais… sur Skype. Idem avec la révolution populaire en Syrie en ce moment, où les journalistes n’ont pas le droit de se rendre. La majorité des images sont faites et diffusées par le réseau de résistance. Cela aurait été un bon exemple également!

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