Webdocumentaire: le médium tout-en-un

 

Sur la toile circulent des milliards de données, alimentant en continu l’actualité et affaiblissant ce faisant le rôle du journaliste en tant que garant de l’information. Pourtant, internet a également permis l’émergence d’une nouvelle forme de travail journalistique : le webdocumentaire.

 Alain Joannès, dans son ouvrage Le journalisme à l’ère électronique, pointe la nécessité d’un renouvellement de la pratique journalistique : « Le talent journalistique viendra de moins en moins d’une aptitude à faire de belles phrases et de plus en plus de sa capacité d’exploiter les moyens d’expression les plus pertinents pour rendre compte. ». En associant texte, photo, vidéo, son et animation, les webdocumentaristes ont pris acte de ce constat. L’idée : proposer aux internautes des reportages de fond de manière didactique et ludique.

Car l’abondance de l’information tend à décourager la lecture d’articles longs et le visionnage de documentaires télévisés. Pour Eric Scherer, directeur de la prospective et de la stratégie numérique du groupe France Télévisions, « Il est fondamental de laisser la main à l’internaute sinon la crise va continuer pour le journalisme. Il existe une formidable défiance du public envers le journalisme. Si on peut renouer les liens avec le public par le webdocumentaire c’est pas plus mal. » Le mode de narration des webdocumentaires permet aux internautes de naviguer au travers d’une interface de façon non linéaire. Les « lectateurs », comme on les nomme parfois, prennent ainsi part à l’histoire que le journaliste leur raconte.

Dans Voyage au bout du charbon, le photoreporter Samuel Bollendorf  invite l’internaute à prendre part au récit : « Vous êtes journaliste indépendant. Votre enquête commence par les mines de charbon réputées les plus dangereuses au monde… » A travers la narration, le lectateur prend ainsi part au récit, alimenté de vidéos et de photographies. Le webdocumentariste, pour répondre au mieux aux exigences de l’internaute, expérimente diverses combinaisons de médias. Ce faisant, il l’informe tout en le divertissant et en l’associant au contenu. Cette interactivité fait du webdocumentaire un support journalistique nouveau.

Journaliste multitâches

Il n’est pas pour autant question d’un renouvellement à part entière des pratiques journalistiques. Les méthodes de collecte de l’information sont les mêmes que pour les autres médias : reportages, entretiens, enquêtes… Le webdocumentariste se doit de conserver la rigueur propre au journaliste. Mais utiliser de la photo, du son et de la vidéo sur le web requiert des savoir-faire particuliers. Le journaliste doit alors être multitâches, ou s’entourer d’une équipe. En ce sens, la profession de webdocumentariste s’impose comme un nouveau type de journalisme.

Les premiers bénéficiaires de cette façon de travailler sont les photojournalistes. Ces derniers ne trouvent en effet plus une place suffisante dans la presse traditionnelle. Samuel Bollendorf l’explique : « Depuis que la presse est en panne, j’ai trouvé d’autres moyens de continuer à produire des histoires. […] Je n’étais pas trop Internet. Mais quand j’ai vu le public que l’on pouvait toucher, la puissance de diffusion, la qualité des projets que l’on pouvait y mener. Je me suis dit que c’était là qu’il fallait aller. […] C’est juste un redéploiement pour essayer de donner plus de visibilité, de diffusion à un projet. »

Si le webdocumentaire est pour l’instant peu connu du grand public, les grands médias se le sont d’ores et déjà approprié. Le journal Le Monde et la chaîne de télévision Arte ont été parmi les premiers à lancer sur internet des espaces multimédias dédiés à ce type de travaux. Si certaines productions sont coûteuses – Prison Valley, réalisé par David Dufresne, avait un budget de 240 000 euros – il est également possible de produire un webdocumentaire avec peu de moyens. La presse quotidienne régionale s’est ainsi saisie de ce format, à l’image du journal Dernières Nouvelles d’Alsace qui dès décembre 2008 publiait sur son site La maraude à l’écoute des sans-abris.

Florian

Publicités

A propos Marie Maurisse

Journaliste en Suisse
Cet article a été publié dans Administration. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Un commentaire pour Webdocumentaire: le médium tout-en-un

  1. Remi dit :

    très bon article, avez vous vu le webdocumentaire sur le free-fight?

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s