Au royaume de l’internet, le fait divers est roi

Longtemps décriés, les faits divers s’exposent aujourd’hui sur toutes les pages des grands quotidiens. En cause, le système de référencement des sites web et le potentiel comico-macabre qui ravit les internautes.

« Russie, des enfants amènent un lion à l’école », « Il perd la vue à cause de la vodka… et la retrouve avec du whiskey » ou encore « Il tue son fils par erreur… en voulant tuer l’autre ». Les faits divers sont devenus omni présents sur la toile. Impossible de surfer sur Facebook sans découvrir ces anecdotes, publiées par un ami, un groupe ou la page d’un  journal. Elles sont mêmes devenues partie intégrante de la culture web qui raffole du tragi-comique. Plus qu’une simple routine journalistique, les faits divers permettent aux journaux en ligne d’améliorer leur référencement dans les moteurs de recherche.

Crimes et humour potache

Tout un pan de la webculture repose sur l’humour noir, qui s’est érigé en symbole de la liberté d’expression. Le site internet emblématique de ce mouvement est 4chan. Conçu comme une image board, un forum où les visiteurs peuvent poster des images et les commenter, le site garantit aux internautes un anonymat total. Plus de 150 000 messages y sont postés tous les jours.

Une board 4 chan, il est ici question d'une opération menée par Anonymous

Une board 4 chan, il est ici question d’une opération menée par Anonymous

C’est là qu’est né le mouvement anonymous. Les forums sont répartis en divers catégories et l’un d’eux a très vite fait parler de lui. Son nom : /b/ ou random (aléatoire). On y poste tout et n’importe quoi. Le comique macabre et potache devient la référence et les blagues dérivent souvent à la limite de l’illégalité (apologie du nazisme, pédophilie, blasphème…) Un terreau fertile pour le succès du fait divers, chronique quotidienne de la misère humaine.

Le buzz autour du quotidien Oise Hebdo est une autre illustration de cette passion du web pour le macabre et le pathos. Crée en 1994 par un ancien du Figaro, cet hebdomadaire régional est passé maitre dans l’art des unes sanguinolentes.

Une couverture de l'hebdomadaire Oise Hebdo

Une couverture de l’hebdomadaire Oise Hebdo

Sa spécificité : victimes et bourreaux sont cités nominalement dans des titres sans équivoque : «Noyé à Noyon: le SDF Olivier Le Guen est arrivé au bout de sa longue dérive ». La mise en ligne des couvertures du journal déclenche l’hilarité. Un groupe Facebook est crée pour relayer les unes. Il atteint rapidement le millier de membres. L’affaire est reprise par des quotidiens nationaux tels l’Express. Vexé, les responsables de l’hebdomadaire stoppent la publication des unes sur la toile mais le journal reste une source de plaisanterie.

 

 

Un mème à part entière

Le mème représente à lui seul un pan entier de la web culture. Au sens initial, le même désigne un élément culturel qui se transmet entre individus par imitation. Sur la toile, il s’agit de vidéos, d’images ou même de phrases au potentiel comique, qui vont être repris massivement et déclinés sous différentes formes.  Avec plus de quatre millions de fans sur sa page Facebook, le site 9gag en est le principal vecteur de diffusion.

Un des mèmes les plus répandus, représentant Neil Patrick Harris, acteur de la série How I met your mother

Un des mèmes les plus répandus, représentant Neil Patrick Harris, acteur de la série How I met your mother

Le fait divers sur la toile adopte la même construction.  Il peut se résumer à quelques mots : son accroche. Le titre est essentiel pour attirer le lecteur et va se décliner sous des formes quasi identiques. Il existe des mèmes au sein des fait divers à l’image des titres commençant par « Ivre, » : « Ivre, il fait l’amour avec une poubelle », « Ivres, ils volent un pingouin ». Un Tumblr, plateforme de micro blogging, les recense. Sur Facebook et Twitter, plusieurs groupes s’attellent à débusquer ces anecdotes.

Une aubaine pour la presse en ligne

Les journaux en ligne ont perçu l’intérêt suscité par ces histoires tragi comiques. Tous les grands quotidiens les relaient car les faits divers constituent une stratégie pour améliorer son référencement en ligne,  donc le nombre de visites sur sa page, et attirer les annonceurs. Pour apparaitre dans les premiers résultats lors d’une recherche Google, plusieurs éléments sont à prendre en compte. Il faut que le moteur de recherche puisse détecter la page, d’où l’existence de « tags », ces petits mots qui permettent  d’identifier le contenu d’un article. La page web doit être mise à jour régulièrement car Google privilégie les informations les plus récentes. Le site qui veut se glisser en tête de recherche doit « faire figure d’autorité », c’est-à-dire qu’il doit recevoir de nombreuses connexions en provenance d’adresse IP différentes. C’est là où le fait divers entre en jeu.

De par son contenu facilement compréhensible et sa forme simplifiée à l’extrême, le fait divers se diffuse à merveille sur l’ensemble des réseaux sociaux. Sur Twitter il s’affiche en 140 caractères : titre et lien vers l’article. Sur Facebook, il s’accompagne d’une photo et d’une accroche qui donnent envie au lecteur d’en savoir plus et l’incite à cliquer sur le lien qui le redirige vers la page du journal. Les faits divers créent pour la presse en ligne un cycle vertueux. Ils permettent d’attirer des visiteurs sur le site, de « faire du clic » et ainsi d’améliorer le référencement sur Google pour attirer un nombre encore plus grands de lecteurs et d’annonceurs.

Vianey Lorin

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A propos Marie Maurisse

Journaliste en Suisse
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