Vers un journalisme de valeur ajoutée

Confronté depuis dix ans à la révolution de l’Internet et à la multiplication des sources d’information, le journaliste doit se réinventer. Bien loin du terrain, la solution se trouve dans le journalisme de « valeur ajoutée »

« A-t-on encore besoin de journaliste ? » Avec un tel titre, l’ouvrage publié en octobre 2011 par Eric Scherer, spécialiste des nouveaux médias, ne peut être plus explicite. Blogs, réseaux sociaux, forums, smartphones, tablettes et télévisions connectées, la vitesse de circulation de l’information a été considérablement augmentée en à peine dix ans grâce à Internet. La conséquence est immédiate : l’individu lambda est aujourd’hui invité, bien souvent pas les médias eux-mêmes, à se faire le relai de l’information par ses témoignages, commentaires ou publications. Pis, il est désormais en mesure de construire sa propre ligne éditoriale, en fonction de ses intérêts personnels, par une sélection des contenus auprès des différentes sources accessibles en ligne. Et cette intégration de l’internaute au sein de la sphère médiatique va encore plus loin. A l’heure où les médias traditionnels n’ont plus toujours les moyens d’envoyer de professionnels sur le terrain, le témoin local se fait journaliste citoyen et devient la principale source d’information.

« Il ne suffit plus (…) de donner les informations de la veille ou du jour même, connus de tous, mais d’offrir du contexte, de la perspective, de l’analyse »

Et le journaliste de formation dans tout ça ? Si sa place n’est plus sur le terrain, il faut redéfinir ce qui fait l’essence même de ce métier. C’est là qu’intervient la notion de « journalisme augmenté » dont Eric Scherer fait le cœur de son ouvrage : « Pour rester pertinent, il ne suffit plus en outre de donner les informations de la veille ou du jour même, connus de tous, mais d’offrir du contexte, de la perspective, de l’analyse pour aider le public à saisir l’importance des événements, à regarder de l’avant, à anticiper la suite. » Le journaliste augmenté n’est plus seulement un relai de l’information. Il est l’œil avisé, l’expert qui synthétise et donne de la couleur à l’information brute collectée par le journaliste citoyen. Le combat du journaliste augmenté n’est finalement pas si différent de celui du data journaliste : présenter des données ou des informations de manière à les rendre lisibles pour le commun des mortels.

Owni.fr

Owni.fr

Le journalisme post-révolution Internet met en relation le profane et l’initié, l’amateur et le professionnel. Et cette association a été bien intégrée par les médias présents sur la toile. En créant les Observateurs il y a cinq ans, France 24 s’est doté d’une communauté de journalistes citoyens dont le travail est encadré par des journalistes de métier. Et ce n’est qu’un exemple parmi d’autres. Né en 2009, le site Owni.fr en est un autre et propose de « fédérer une communauté d’auteurs, de professionnels et d’internautes actifs » pour « mettre en scène au quotidien ses contenus à destination du plus grand nombres ». Autre site, autre esprit : Hacks/Hackers se donne pour mission de mettre en relation des journalistes et des geeks pour produire de l’information. Se faisant le chantre de la révolution des médias, le site a développé une ligne originale : « Le but est à la fois pour les hackers d’explorer le web pour filtrer, visualiser et distribuer l’information, et pour les journalistes qui utilise le web de trouver et raconter des histoires. »

Former des journalistes « capables de mettre les mains dans le cambouis du numérique » 

Mais comment créer ces journalistes augmentés ? Dans un article… de blog, Marc Capelle, directeur de l’ESJ à Lille, s’interroge sur la capacité des écoles à former cette nouvelle race de journaliste « capable de mettre les mains dans le cambouis du numérique (…) pour donner de la valeur ajoutée (aux) données ». Il pointe notamment le retard pris par rapport aux américains sur la question et la nécessité d’un débat entre « tous les acteurs concernés ». Pourtant, certains établissements se sont déjà mis au diapason de cette nouvelle tendance. Le Data journalisme Lab de l’IJBA à Bordeaux en est l’exemple parfait et propose à ses étudiants « de travailler sur les données publiques locales du territoire aquitain libérées actuellement pour construire de l’information en s’adressant à l’intelligence visuelle des lecteurs : infographies, data visualisations. »

Alors, journalisme augmenté ou journalisme de données ? Bien loin de la vision traditionnelle du métier, voilà aujourd’hui la planche de salut du journaliste.

Florian Maussion

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A propos Marie Maurisse

Journaliste en Suisse
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