Google va-t-il financer la presse française ?

Comment à la fois être sur internet et être rentable ? Ce problème se pose à tous les médias qui ont choisi internet comme un moyen voir l’unique moyen de leur diffusion. Faire payer le contenu ou multiplier la publicité permettent de gagner de l’argent grâce sur le web. Une nouvelle source de revenu pourrait voir le jour : Google.

L’annonce d’un projet de loi a lancé le débat : faut il taxer Google au profit des éditeurs français de presse ? L’idée initiale vient du syndicat professionnel de presse IPG ( association de la presse d’intérêt politique et général), soutenu par le SPQN (syndicat de la presse quotidienne et régionale). La présidente de l’IPG Nathalie Collin (Nouvel Obs) a remis un projet de loi en octobre au gouvernement français afin de trouver les modalités d’une taxation de Google. L’idée centrale serait de réformer le droit d’auteur afin de créer un droit voisin sur l’indexation des contenus. Concrètement, cela voudrait dire que Google devrait payer une taxe aux éditeurs de presse dont les contenus sont indexés, c’est à dire référencés par le moteur de recherche Google Actualités.

Soutien du gouvernement

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Le gouvernement a clairement annoncé son soutien au projet par la voix du ministre de la Culture Aurélie Filippetti. Elle déclarait le mois dernier à Rue 89 : « Certains sites, des moteurs de recherches issus d’acteurs économiques qui ne sont pas localisés en France et pas fiscalisés en France, utilisent énormément de matière première issue de la presse numérique. Il faut qu’ils participent au financement de l’information. Ces gros acteurs et plates-formes ne peuvent plus échapper à une forme de fiscalité dans des pays où par ailleurs ils dégagent un bénéfice certain ». En clair, il s’agit de redistribuer aux éditeurs de presse une partie des profits du géant américain (le chiffre d’affaire de Google en France est estimé entre 1,25 et 1,4 milliard d’euros en 2011) jusqu’ici peut peut partageur.

Demander à Google de participer au financement de l’information en France paraît logique pour ceux qui défendent la taxation. Leur raisonnement est simple : Google utilise les contenus publiés sur internet par la presse française et via la publicité, gagne de l’argent grâce à ce contenu. Que reçoivent les médias dans ce modèle profitable à Google ? Zéro euro. Pire selon Nathalie Collin, les annonceurs préfèrent Google aux médias. Elle expliquait ainsi : « alors que le chiffre d’affaires de Google est en croissance constante, les revenus publicitaires de la presse en ligne stagnent, voire baissent. Les annonceurs préfèrent payer pour un ciblage comportemental des internautes – fourni par les moteurs de recherches -, plutôt que pour de la publicité accompagnant un média. De ce fait, l’acteur dominant qu’est Google absorbe notre marché publicitaire, alors même que les médias lui fournissent de plus en plus de contenus. Cette situation n’est pas viable… ».

Une presse loin d’être unanime sur le projet

Mais l’idée de la taxe ne fait pas l’unanimité. Google s’est, naturellement, opposé au projet, arguant que l’échange était mutuel et rapportait des millions de visiteurs par mois aux sites français. L’entreprise a même menacé de ne plus référencer les articles si la disposition passait. Mais Google n’est pas le seul à s’opposer à cette mesure et certaines voix issues des médias s’élèvent contre le projet. Ainsi, le Spiil (syndicat de la presse indépendante d’information en ligne) qui regroupe notamment Médiapart et Rue89, estime qu’une telle solution est mauvaise, notamment parce qu’elle renforcerait la prédominance de Google. Maurice Botbol, président du Spiil expliquait lors d’un entretien à l’Humanité : « la presse est aujourd’hui très dépendante de Google pour son audience. Le référencement des journaux sur ce moteur de recherche est une manière de leur amener de la publicité. Si à cette première dépendance s’ajoutait celle de revenus venant de Google, cela serait dangereux, car ce moteur de recherche serait en position hégémonique. Il pourrait donc très bien changer les règles du jeu comme il le veut ».

Alors Google, la solution aux problèmes d’argent des médias français ? La réponse est loin d’être évidente et la recherche de la poule aux œufs d’or risque de se prolonger.

Lucile

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A propos Marie Maurisse

Journaliste en Suisse
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