Internet, un eldorado pour la critique des médias ?

Des sites consacrés au décryptage des médias aux commentaires des internautes, Internet est devenu un lieu majeur d’expression de la critique des médias.

23 janvier 1996. Pierre Bourdieu est invité sur le plateau d’Arrêt sur Images, sur La Cinquième. De cette séquence naîtra une vive polémique opposant le sociologue à Daniel Schneidermann, producteur et animateur de cette émission. Pierre Bourdieu en tirera une conclusion : on ne critique pas la télé à la télé. Et cette émission, pourtant censée décrypter les médias voire les critiquer, en est pour lui un parfait exemple.

18 juin 2007. La direction de la chaîne – qui se nomme désormais France 5 – annonce la suppression du programme. Les raisons officielles avancées sont les audiences (en berne), mais aussi l’intention de la chaîne de rénover son antenne en se débarrassant de quelques « programmes vieillissants ». Des arguments qui ne convainquent évidemment pas Daniel Schneidermann. « Le système médiatique n’a pas encore accepté d’être, chaque semaine, critiqué de l’intérieur » écrit-il à l’époque sur son blog… Comme un clin d’œil posthume à Pierre Bourdieu. Daniel Schneidermann sera licencié pour faute grave, en raison de ce que les dirigeants nommeront une « campagne de dénigrement » contre la chaîne.

 Le web comme porte de sortie

Peu importe. Le journaliste lance en septembre un site web, destiné à remplacer l’émission supprimée des écrans. Arrêt sur Images est mort, vive @rrêt sur images. Le site revendique aujourd’hui 27.000 abonnés – un public bien plus faible que celui des émissions sur France 5, mais un public suffisant pour atteindre l’équilibre économique (notons le site @rrêt sur images ne comporte pas de publicité). Mais sur la toile, le site est indépendant et se veut donc « totalement libre », tant sur les formats que sur les contenus.

D’autant qu’il semble qu’il existe une vraie demande de la part des internautes en la matière… Il suffit ainsi de taper « les médias » dans Google pour se voir proposer la recherche « les médias disent-ils la vérité ». Plus sérieusement, le baromètre annuel de La Croix montre bien qu’il peut exister une certaine défiance des lecteurs vis-à-vis des journalistes. Moins d’un citoyen sur deux croit en l’indépendance des journalistes à l’égard du pouvoir. La première réponse à cela est bien sûr apportée par les médias eux-mêmes, grâce à leurs médiateurs qui répondent aux courriers… Mais aussi aux commentaires postés sur Internet.

 Bourdieu, Schneidermann… et les autres

Or ils sont de plus en plus nombreux. Les internautes n’ont absolument pas peur de s’exprimer, parfois violemment, dans les commentaires d’un article pour manifester leur mécontentement. L’émission « Le secret des sources » sur France Culture en est un bon exemple. Décryptage et explications du travail des journalistes pendant une heure, entre journalistes et experts… Puis, ensuite, sur le web, des débats parfois enflammés dans la section commentaire de la page de l’émission.

Des critiques qui s’expriment également sur des blogs et des sites participatifs tels que Le Plus ou Agora Vox. Le site d’Acrimed centralise quant à lui de nombreux éléments sur ces questions. C’est d’ailleurs la vocation de cette « association de militants », à l’influence bourdieusienne assumée, formée à la suite du mouvement social de 1995. Une association qui organise des conférences, publie une revue trimestrielle et quelques ouvrages… Et quasi quotidiennement, des articles sur son site web. Avec des contenus 100% gratuits et accessibles à tous, le site web de l’association est un bon exemple de critique médiatique s’exprimant sur internet. Même s’il ne s’agit pas ici des lecteurs eux-mêmes, mais des membres de l’association, soit bien souvent des journalistes ou des universitaires.

 La critique 2.0 buzze aussi sur Twitter

C’est d’ailleurs un reproche fréquemment adressé à Acrimed. Le site n’est pas ouvert aux commentaires. Ainsi le 3 décembre, Jean Quatremer – « opposant historique » à Acrimed – twittait « autorisez donc les commentaires sur votre site. Qu’on rigole un brin. Mais les sectes, ça n’aime pas les débats. » S’en suit un très classique « tweet-clash », sur le thème de la critique des médias, les membres d’Acrimed répondant au journaliste de Libération qu’il dispose au choix, de Twitter ou de son propre blog pour exprimer un droit de réponse.

De manière générale, le réseau de micro-blogging Twitter, très prisé des journalistes, est d’ailleurs devenu un lieu privilégié pour la critique et les débats sur les médias. Ainsi par exemple la journaliste de France Inter Vanessa Descouraux tweete régulièrement de manière ironique sur les consignes de sa rédaction en chef. En avril, elle avait même « live-tweeté » la couverture d’un incroyable événement : l’hospitalisation d’Alain Delon.

La critique des médias s’épanouit donc désormais sur Internet. Elle donne lieu de manière très simple et très instantanée à des débats, qui ne concernent plus seulement les journalistes et les universitaires, mais bien tous les citoyens intéressés. Les opinions les plus diverses peuvent s’y exprimer. Dont les critiques de la critique des médias.

Jean

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A propos Marie Maurisse

Journaliste en Suisse
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