La vidéo en ligne peut-elle remplacer le texte?

Le 14 octobre dernier, YouTube faisait une percée avec la diffusion en live du saut supersonique du parachutiste autrichien Felix Baumgartner. Visionné plus de trente millions de fois, l’événement sponsorisé par Red Bull Stratos, a confirmé l’essor de la vidéo en live sur internet, comme nouvelle tendance du journalisme numérique. Se différenciant de la télévision par sa durée, son format et son implantation, la vidéo en ligne peut-elle remplacer le texte? L’image informe-t-elle mieux que les mots?

Quel média en ligne n’a pas encore sa plateforme de vidéos en direct? UStream, LiveStream sont désormais bien installés dans le paysage de l’information numérique. Le Huffington Post a aussi lancé sa plateforme de live-streaming pour les vidéos.

Le site Tout.com surfe sur la tendance. Crée en 2010, il permet aux internautes de produire des vidéos instantanées d’une durée maximale de quinze secondes et téléchargeables en moins de trente secondes. De quasi tweets-vidéos appelées « touts ». Le but du site est de relier les internautes entre eux en partageant des images tournées par eux-mêmes ou reprises sur d’autres sites. Les vidéastes en herbe et leurs followers n’échangent que par vidéos, à l’instar des réseaux sociaux Facebook et Twitter.

Michael Downing, président de la plateforme de microblogging, a affirmé lors de la conférence sur les nouvelles pratiques du journalisme de l’Ecole de journalisme de Sciences Po l’importance du « Ne me parlez pas, montrez moi ».

Seulement, la volonté de développer la vidéo comme unique moyen d’information, sans commentaires, par n’importe qui, et en temps limité pose question. Au regard des vidéos postées, le nombre de followers de chaque inscrit ne semble pas égaler le succès des plus gros twittos, à peine 50000 pour le peu connu Heath Slater. Certains titres de presse s’y sont mis, le Wall Street Journal, la NBC, le show américain The Talk, mais comptabilisent encore peu de vidéos crées. En 2012, le site a été visité 12 millions de fois depuis son lancement et rassemble 75 millions de touts, crées ou échangés via la plateforme.

Il faut dire que quinze secondes d’information c’est peu et à la fois beaucoup, quand aucun commentaire ne vient compléter l’image.  Le sujet filmé est souvent le commentateur, parlant à la première personne. Au-delà de la mince qualité visuelle des vidéos amateurs, l’information n’a de valeur que selon sa source. En 2011, le site a gagné du crédit  lorsque le joueur de basket Shaquille O’Neal a annoncé sur Tout.com son départ à la retraite. La vidéo permet la reconnaissance instantanée de la source et valide l’information.

Le Touter peut désormais laisser place à l’image et être moins verbal

A première vue, l’idée est innovante. A la place des 140 signes de Twitter, le Touter peut désormais laisser place à l’image et être moins verbal. Se concentrant sur des moments spécifiques, particuliers de ce qui l’entoure, il dépasse les habituels rhétoriques écrites et exprime en image LE moment décisif. Pas besoin de réflexion, l’image et le son justifient l’information.

Le site invite ses utilisateurs à « Touter » la moindre des actions se passant autour d’eux ou chez eux et de l’échanger aux autres usagers. Application mobile, n’importe qui peut filmer n’importe quel moment n’excédant pas quinze secondes et le partager aux autres. Grand nombre de courte vidéos circulant sur le site n’ont d’autres sujets que le vidéaste lui même. « Dois-je changer de coiffure aujourd’hui? », est titrée l’une. Ou « Bienvenue dans mon bureau pourri » avec de gros plans sur les visages des protagonistes s’interrogeant sur sleur vie, le temps, Noël… De l’information en tant que telle, oui.  Du journalisme moins.

D’une part, la limite du temps ne permets pas tout. Taggées, localisées par thèmes et sujets, les posts sont regroupés comme sur Twitter, créant des groupes d’intérêt autour des vidéos. Mais pourquoi quinze secondes, pourquoi si peu d’explications? Que vaut la vidéo d’une fusée qui décolle sans le lieu, le contexte, le but? L’immobilité du papier ne peut se le permettre. Dans un journal, l’image est complétée d’une légende, d’un titre et non du seul photographe l’ayant prise.

C’est bien là ou Tout.com semble faire défaut. Si son directeur Michael Downing assure que l’internaute ne reste en moyenne pas plus de quinze secondes sur une vidéo, s’y conformer plutôt que d’y remédier n’a pas été gage de qualité. Ayant pris en compte l’essor de la vidéo comme une des transformations majeures dans la consommation de l’information, Tout a pour ambition de concevoir de l’information rapide, interactive, mobile et par tous. Tout nous permet de percevoir mais pas de comprendre. Une consommation de l’image en quantité par manque de repères sur la qualité.

Aujourd’hui était rendu un rapport de la CNIL en France, mettant en garde contre la publication de photos et de vidéos sur internet. La publication d’ images sur internet a déjà eu des impacts négatifs sur 27% des internautes français. 300 millions de photos sont publiées chaque jour, avec peu de scrupules au regard du droit à l’image des personnes taggées. Tout ne semble pas y remédier. Vecteur du « marketing de soi », la publication à tout prix a dépassé la pensée à tout prix. Une manière de rappeler qu’au milieu de ce flot de données, le journaliste est loin d’être éradiqué.

Elise

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A propos Marie Maurisse

Journaliste en Suisse
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