Le numérique signe la fin de l’article de presse écrit

L’article écrit a-t-il encore une chance de survivre au journalisme numérique ? Radicale il y a quelques années – un « oui ! » collectif – la réponse est plus nuancée aujourd’hui. Wibbitz est arrivé. Cette application utilise la technologie du langage naturel pour transformer un texte en une vidéo qui compile image, carte, infographie et voix off. 

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L’application Wibbitz a tous les traits d’une grande. Son design épuré rappelle les agrégateurs de contenus déjà présents sur l’Appstore. Lundi 9 décembre : « 91 dirigeants internationaux se rendent en Afrique du sud pour rendre hommage à Nelson Mandela ». Un click. Puis, la carte de l’Afrique, le visage d’une jeune sud-africaine, un portrait de Nelson Mandela, une voix féminine qui énumère, en anglais, les grandes figures qui viendront lui rendre hommage : le Président Barack Obama, le Premier Ministre David Cameron, Oprah Winfrey et, Naomi Campbell.

Le concept arrive tout droit de Tel-Aviv. Reste que cette petite révolution numérique imaginée par Zohar Dayan et Yotam Cohen risque bien de signer la fin du métier de journaliste.

1. La simplification des contenus

L’article source proviendra, une fois les accords définitivement signés, de grands titres de presse : BBC News, The Guardian, ou encore le Huffington Post. En appuyant sur un icône « Play », les 3000 signes que comporte un article seront simplifiés en une vidéo d’une minute, dix phrases maximum.

D’un point de vue technologique, il est aisé de comprendre le transfert d’un support écrit à un support oral. En revanche, il est bien plus difficile de mesurer la pertinence de la sélection des informations qui serait alors l’exclusivité d’une machine. Par exemple, un reportage écrit sur la Syrie mentionnerait des témoignages forts, recueillis sur place. Une valeur-ajoutée dont il y a tout à parier qu’elle ne serait pas remarquée par Wibbitz qui s’en tiendrait aux données brutes facilement illustrables (les dates, noms, lieux).

2. Une menace pour le journaliste web 

Wibbitz fonctionne grâce à un processus automatique. Les vidéos sont créées à partir de mots-clés qui renvoient à des illustrations répertoriées dans une base de données. Mais les co-fondateurs restent imprécis quant au contrôle effectué sur les vidéos. Ils ne font pas mention d’un modérateur ou d’un journaliste qui vérifierait les faits, ou la cohérence d’une illustration avec son sujet.

D’autre part, si la vidéo créée à partir d’un algorithme satisfait les utilisateurs, en augmentation depuis trois mois (100 000 aujourd’hui), la présence du journaliste web risque d’être remise en cause. À un moment où la profession se précarise, avec seulement 62% de journalistes en CDI, selon le dernier bilan de la Société civile des auteurs multimédia, l’arrivée de Wibbitz tombe mal. Aujourd’hui la plupart mise sur la pluralité de leurs compétences pour obtenir des piges régulières, un CDD, voire un CDI : photographie, montage vidéo, infographie. Si un logiciel peut faire ce travail à moindre coût, il reste peu d’espoir.

3. La rentabilité économique

Au-delà des services techniques qu’il rend à la rédaction, Wibbitz offre surtout de bonnes perspectives en matière de recettes publicitaires. A moyen terme, les contenus seront précédés de publicités vidéo, qui rapportent jusqu’à dix fois plus qu’une bannière classique.

Alors que les titres de presse bi-média voient leurs ventes en kiosque chuter dangereusement, et donc leurs recettes, à l’image de Libération dont les ventes ont dégringolé de 29,5% en 2013, l’espoir de jours meilleurs, grâce aux publicités vidéos, pourrait convaincre les derniers bastions résistants.

Estelle Elkaim

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A propos Marie Maurisse

Journaliste en Suisse
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