BuzzFeed, le journalisme soluble dans le buzz ?

Inondation de vidéos de chats, compilation d’inepties, bêtise virale sans vérification de l’information… Le lancement de la version française de BuzzFeed il y a un mois inquiète les défenseurs d’un journalisme numérique de qualité.Image

Dans la jungle des sites recensant les derniers buzz en date, le site américain BuzzFeed, créé en 2006 par Jonah Peretti, fait figure d’ogre. Chaque jour, des dizaines d’articles sont publiés en temps réel, mêlant divertissement et légèreté dans une joyeuse avalanche de contenu facile à produire et dont le potentiel social est énorme. Basant son succès sur le partage d’articles via les réseaux sociaux plus que par le référencement sur les moteurs de recherche, BuzzFeed incarne un modèle séduisant pour les médias traditionnels du Web : un pied de nez à Google, que les éditeurs essayent de faire payer pour innover en ligne.

Serait-ce une solution miracle pour monétiser un contenu attrayant ? A bien des égards, les autres groupes de presse auraient tort de s’inspirer des méthodes du géant américain, tout simplement parce que contrairement à eux, BuzzFeed agrège, recense, donne vie à du contenu, mais ne vérifie pas l’information qu’il diffuse, comme en témoigne ce récent hoax.

Le modèle contre les valeurs ?

L’erreur, en journalisme, existe. Mais comme le rapport 2013 de l’Observatoire de la déontologie et de l’information, « les journalistes qui abusent des médias sociaux et autres sites en ligne sont la proie facile des amateurs, des faussaires et des manipulateurs (…) Quant aux erreurs actives, certains croient que la « crise » et la détresse économiques autorisent toutes les transgressions ; d’autres estiment que seuls sont intéressants les faits qui accréditent leurs préjugés. Ces pratiques reflètent un mépris des règles déontologiques fondamentales du journalisme, qui creuse encore plus le fossé entre les médias et leur public. »

L’apparition de BuzzFeed.fr dans le paysage numérique français n’est pas sans créer de nouvelles interrogations sur les pratiques du géant du buzz. Pour la blogueuse médias Violaine des Courières, avec BuzzFeed,  « la véracité de l’histoire n’a plus d’importance ». Idem pour David Weigel de Slate, qui pense que « les journalistes veulent publier des articles que les gens lisent. S’il y a beaucoup d’avantages et très peu d’inconvénients à publier des conneries, il y aura de plus en pus de conneries sur Internet. »

Bien évidemment, prôner les belles valeurs d’une déontologie sans faille comme le font ces deux journalistes face à l’arrivée d’un média rentable est facile. Surtout, des sites comme BuzzFeed ou MeltyBuzz parviennent aujourd’hui à rentrer dans leurs frais de fonctionnement alors que Rue 89 menace de fermer en raison de l’intégration forcée de ce pure player au site du Nouvel Observateur. Le modèle économique de BuzzFeed, amassant de l’argent grâce au divertissement afin de financer ensuite des sujets plus sérieux, n’occulte cependant pas la nature non-journalistique de son fonctionnement. Même avec des chats.

 

Thibaud Le Meneec

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A propos Marie Maurisse

Journaliste en Suisse
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