Rue89 : pure player cherche (toujours) modèle économique

Quel modèle économique pour le journalisme web aujourd’hui ? C’est la question que se sont posés, dès 2007, les fondateurs du site Rue89. Rachetés par le Nouvel Obs il y a deux ans, la rédaction, en grève depuis lundi, n’a toujours pas trouvé de solution pérenne, et le site continue à perdre de l’argent.

 

En janvier dernier, le « Manifeste XXI » avait déclenché les foudres de Pierre Haski, fondateur du site Rue89, en osant poser une question simple. « Et si la conversion numérique était un piège mortel pour les journaux ? ».

Aujourd’hui pourtant, le pionnier des sites d’info en France, créé en 2007 par trois anciens journalistes de Libération – Pierre Haski, Pascal Riché et Laurent Mauriac – continue à perdre de l’argent. Pour l’année 2012, Rue89 a enregistré une perte nette de 1,23 million d’euros, doublée par rapport à celle de 2011. Racheté en 2007 par Le Nouvel Observateur, pour 7,5 millions d’euros, le site a attiré en octobre 2,4 millions de visiteurs uniques. Un chiffre encore trop bas pour rentabiliser la transaction, selon Claude Perdriel, patron du Nouvel Observateur « C’est un média professionnellement remarquable mais financièrement il est évident que je n’ai pas fait une bonne affaire ».

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Particulièrement depuis que Médiamétrie, l’Institut de mesure référence pour les annonceurs, a décidé de ne plus cumuler les chiffres d’audience de sites distincts, pourtant appartenant à un même groupe. Pour continuer à additionner les chiffres d’audience, il faudrait que Rue89 apparaisse, aux yeux de l’internaute, comme une déclinaison du site principal i.e. le Nouvel Observateur.

Des changements qui selon les journalistes de Rue89, en grève depuis lundi, détruiraient « l’identité du site ». Vendredi, ils avaient déjà publiquement protesté contre le nouveau design de leur site : le logo du Nouvel Observateur en haut de page, suivi de la simple mention « Partenaire Rue89 ».

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Cette polémique illustre bien la difficulté des pure players, dont l’accès est complétement gratuit, à devenir rentables. Aujourd’hui plus de 60% des recettes du site sont issues de la publicité, et l’activité de consulting et de formation au journalisme Web complète le financement à hauteur de 25%.

 Si le modèle initial n’est pas suffisant pour financer ces pure players – et garantir leur autonomie – la diversification des revenus semble s’imposer. Reste à savoir si celle-ci s’appuiera sur des modèles de financement collectif ou crowfunding (comme la plateforme Jaimelinfo.fr, dirigée par Laurent Mauriac, qui vise à rassembler des dons pour la presse en ligne) ou par un modèle partiellement ou tout payant, comme celui de Médiapart d’Edwy Plenel, site devenu rentable en 2011. Le 20 septembre dernier, Pierre Haski déclarait au Forum Aqui.fr « On ne fait pas payer nos articles, mais je ne peux pas dire qu’on ne le fera jamais ». A bon entendeur.

Camille 

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A propos Marie Maurisse

Journaliste en Suisse
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