Les robots dans le web-journalisme, concurrents ou partenaires ?

Le robot est-il l’avenir du journaliste ? C’est en substance ce que se demande le site des Inrocks dans un article intitulé « Les robots vont-ils remplacer les journalistes ? ». L’auteure de l’article fait le constat de l’existence d’algorithmes chargés de soulager les web-journalistes, et s’interroge sur les enjeux ainsi soulevés pour la profession.

Le 8 décembre s’est tenue la conférence sur les Nouvelles Pratiques du journalisme, organisée par Sciences Po Paris. L’occasion de découvrir les innovations en la matière, les algorithmes journalistiques figurant en tête de proue, l’année 2015 à l’horizon. Depuis quelques mois, ces « robots » remplacent les journalistes dans les tâches ingrates que sont la publication des bilans d’entreprises et les faits divers. Rédigés en moins de temps que le ferait un journaliste, ces articles ont vocation à être relus par un rédacteur avant d’être publiés, permettant un gain de temps considérable ainsi qu’une plus grande dévotion des journalistes aux reportages et articles d’analyse.

Pas question donc d’évoquer une quelconque concurrence de ces algorithmes avec les journalistes, mais bien une complémentarité et une véritable association. Déjà utilisés par le Los Angeles Times, ils ne vont pas tarder à se faire de plus en plus nombreux au sein des rédactions web. Autorisant la multiplication des publications, ils augmentent « l’efficience » des journalistes pour employer un terme économique, les rédactions étant confrontées à des impératifs financiers de plus en plus contraignants.

Une concurrence des développeurs ?

Le souci, c’est que derrière de tels algorithmes, il y a des développeurs. La journaliste souligne le fait que le site Reader, projet de Slate, fonctionnera à partir d’un système « 50% algorithmique, 50% humain », avec trois développeurs et trois journalistes. Ce sont bien ces professionnels-là qui représentent la concurrence que redoute la profession. Plus une rédaction souhaitera se focaliser sur de telles pratiques, plus elle aura besoin de développeurs et moins elle disposera de ressources pour embaucher des journalistes.

Tant que l’utilisation de ces robots se limitera aux tâches ingrates précédemment citées, la crainte d’une réelle concurrence ne restera qu’une vague superstition. Les journalistes pourront se consacrer entièrement à des tâches plus valorisantes et chronophages sans faire perdre d’argent à la rédaction, bien au contraire. C’est véritablement cela qui sera la première phase de la généralisation des algorithmes dans les rédactions web, pas la remise en cause de leur savoir-faire par des concepteurs informatiques. Ne brûlons pas les étapes et sachons profiter de ce progrès qui se profile.

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Un commentaire pour Les robots dans le web-journalisme, concurrents ou partenaires ?

  1. Ton article pose le problème le plus important sur la question de la révolution numérique. Je partage ton point de vue sur les bénéfices à tirer de l’IA pour les articles factuels sans analyse. Mais je ne pense pas qu’on puisse clairement séparer les deux étapes dont tu parles dans ta conclusion. La première raison est que les articles et reportages d’analyse sur des enjeux politiques importants font de plus en plus intervenir le traitement des big data et nécessitent l’usage de logiciels pour les décrypter. Si le journaliste reste le maitre d’œuvre de l’article, la manière dont son calculées les données influe sur l’interprétation qu’il fait du sujet traité. La question du recul critique (la valeur ajoutée absolue de la pensée humaine vis-à-vis de la machine) doit rester au cœur du débat sur la convergence entre l’IA et la pensée « organique ». Or compte tenu de la vitesse à laquelle s’estompe la frontière entre le marketing et le contenu informatif (« native advertising » et « brand content »), et le peu de débat que cela suscite dans la profession, il n’y a aucune chance de voir apparaitre un journalisme où cohabiterons séparément l’IA et l’intelligence humaine. Et vu les problèmes qui se posent déjà sur la sécurité des données personnelles et le contrôle du web par les agences d’État (NSA par exemple), ça laisse présager le pire quant à la liberté d’action dont disposerons les journalistes d’ici une vingtaine d’années. Sans parler du rôle central que prend l’entreprise narrative sciences dans l’élaboration de ces nouveaux robots-journalistes et dont une partie du capital a été investi par le fond In-Q-Tel détenu par la CIA.
    Enfin, c’est peut être un détail mais si les articles « basiques » sont écris par des machines dont le prix est dérisoire, comment espérer qu’un journal embauche des jeunes journalistes pour qu’ils puissent faire leurs armes sur des sujets facile d’accès? On ne devient pas grand reporter du jour au lendemain, et les journalistes en herbe, à l’instar des ouvriers peu qualifiés dans l’industrie auront du mal à trouver une place dans la profession. Bref on court à la catastrophe si aucun débat n’est lancé sur le sujet et si on ne régule l’usage de ces nouveaux algorithmes. Le journaliste sera toujours le seul capable à hiérarchiser l’information mais cela ne servira pas à grand chose si les contenus sont contrôlé par les entreprises high-tech et par leurs programmeurs. Entre programmer l’information et programmer le cerveau humain, il n’y a qu’un pas à franchir. E.R

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