Journalisme web : condamné à être de mauvaise qualité ?

Dans sa thèse Clic ou Pulitzer ?, Angèle Christin, doctorante en sociologie à l’EHESS et à Princeton, montre que le journalisme web est largement contraint par la course au clic, ce qui nuit à la qualité de la production journalistique.

Le buzz sur Internet est recherché par les entreprises de presse parce qu’il est synonyme de revenu publicitaire. Les articles publiés sur le web le seraient dans une logique de recherche du « clic », du re-tweet, du partage, du like… Toute activité liée à la diffusion du travail du journaliste. On serait donc entré dans une nouvelle logique de jugement de la valeur d’un article, qui ne serait plus réalisé par les professionnels de l’information, mais par la communauté des internautes. En d’autres termes, le buzz créé autour d’un article témoignerait de sa qualité.

Pourtant, gageons que les journalistes, et même les lecteurs, sont toujours capables de faire la différence entre le buzz et un travail de qualité. Un article qui est très diffusé pour des questions de mode, dans une logique de divertissement, n’est certainement pas jugé ni de la même manière, ni par le même public, qu’un reportage d’analyse, ou d’investigation. De plus, le journalisme web n’est pas incompatible avec la reconnaissance des pairs. Ainsi, le prix Bayeux-Calvados des correspondants de guerre intègre une catégorie web journalisme depuis 2011.

Rentabilité ou qualité ?

Par ailleurs, logique de rentabilité ne signifie pas mort de la qualité. Les tensions entre quête du profit et éthique professionnelle ont toujours existé au sein de la profession. Hubert Beuve-Méry, fondateur du Monde, disait déjà en 1944 qu’un journal « est aussi, au sens le plus banal du mot, une entreprise, qui achète, fabrique, vend et doit faire des bénéfices ».

D’où la nécessité de trouver un modèle économie viable pour l’information en ligne, défi qui n’a pas encore rencontré de solution miracle. Il est nécessaire de mener une réflexion pour utiliser au mieux les nouveaux outils numériques plutôt que de les considérer comme une contrainte. Il est vrai que ces nouvelles évolutions ont modifié la façon de travailler des journalistes, si on considère par exemple la question de la temporalité de l’article. En presse papier, l’aboutissement du travail arrive lorsque celui-ci est publié. Sur le web, l’article commence sa vie lorsqu’il est mis en ligne, alors livré au jugement des internautes.

Ainsi, le journalisme web n’est pas synonyme de la mort d’un travail de qualité. Mais les professionnels font face à de nouveaux questionnements. Des solutions doivent être trouvées, sans pour autant leur sacrifier l’éthique professionnelle. Là encore, la parole d’Hubert Beuve-Méry est toujours d’actualité : « Les moyens de vivre ne doivent jamais compromettre les raisons de vivre ».

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