La prison dorée de la libre parole

 Les réseaux sociaux continuent d’élargir leur cercle d’influence. En Amérique du Nord, alors que de plus en plus de médias d’informations se ferment aux commentaires des internautes, Facebook et Twitter tendent à s’imposer comme les plate-formes privilégiées et uniques de la parole citoyenne.

Enfermés dans l’ère du « tout », tout-gratuit, tout-numérique et tout-ouvert, les médias sont désormais confrontés à un « trop » : trop-d’accès, trop-de-commentaires, trop-de-parasites. Fiers de susciter le dialogue, ils peinent en revanche à démêler le véritable débat parmi le flot incessant de commentaires qui inondent chaque jour les articles publiés sur leurs sites web.

En Amérique du Nord, « place à la grande agora citoyenne », du moment qu’elle se tienne bien sagement. Afin de pallier aux défauts d’une parole citoyenne décloisonnée – car engluée dans un trop-plein de trolls, de robots spammeurs et de commentaires stériles – plusieurs médias ont ainsi adopté une position draconienne : supprimer les commentaires d’articles laissés par les internautes et les reléguer sur les réseaux sociaux. « La conversation n’a plus lieu en-dessous de l’article, sur le site d’info lui-même, mais à l’extérieur, sur les réseaux sociaux » explique Isabelle Hanne dans son article intitulé « La Troll de guerre des rédactions« . Facebook et Twitter deviendraient ainsi les rassembleurs de demain, les nouveaux centres névralgiques de la pensée critique. Bon nombre de médias ont déjà adopté ce crédo 2.0 : Popular Science, Pacific Standard, Re/code, ou encore Reuters. Une censure nouvelle génération à la fois stratégique et pragmatique : « Une bonne modération des commentaires a un coût : en temps si on fait ça en interne, ou en argent si la modération est sous-traitée », explique le directeur adjoint de l’Obs, Pascal Riché. Dans un contexte généralisé de sevrage budgétaire, tous les moyens sont bons pour conserver un peu d’argent dans les poches.

 De la libre parole bien compartimentée, c’est le choix que font aussi de plus en plus de médias en France. Non pas en canalisant la réaction publique sur les réseaux sociaux, mais en la reléguant sur des plate-formes novatrices. Le « règne du participatif » et le mythe du journalisme citoyen sont soudainement placés dans un cadre aux contours rigides afin de se protéger des trolls et autres petits plaisantins du web. Pour se faire toute une palette d’outils a vu le jour : notation des commentaires par les lecteurs, sélection par la rédaction, fils de discussion etc.  « Ce qu’on essaye de faire, c’est de créer un espace de débat, sans dérapages », explique Laurence de Charette à la tête du Figaro.fr.

Au regard de ces différents scénarios, plusieurs soupçons émergent : Faut-il craindre l’hyper-puissance des réseaux sociaux américains ? Les médias français passeraient-ils à côté d’une plate-forme indispendable ?  Les réseaux sociaux sont devenus incontournables, c’est un fait que plus aucun média n’ignore. Pour autant en choisissant volontairement de donner à Facebook et Twitter le rôle d’unique vecteur de la critique citoyenne, les médias américains se frottent là à des problématiques difficiles. Non contents d’exclure, proprement, du débat celles et ceux n’appartenant pas au monde des réseaux sociaux, ils affirment en parallèle le joug du « j’aime», du clic et du dialogue expéditif. Plus qu’aucune autre plateforme, les réseaux sociaux fonctionnent dans l’instant, à coup de buzzs et d’euphories ponctuelles. Les fils d’actualités se remplissent à folle allure, les « news » ne s’inscrivent plus dans la journée ou dans la semaine mais bien dans l’heure voire dans la minute. Tout s’enchaîne et tout se perd. On rêverait certainement dautre chose pour un débat citoyen.

C. L. M.

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A propos Marie Maurisse

Journaliste en Suisse
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