Quand Facebook se lance dans la presse

« Créer un parfait journal personnalisé pour tout le monde » : telle est l’ambition affichée par Mark Zuckerberg lors de sa conférence du 6 novembre. Dans une tribune du Monde, le journaliste Christophe Agnus s’insurge avec véhémence contre ces velléités du créateur de Facebook, estimant que ces dernières représenteraient une menace sérieuse pour le secteur de la presse en ligne.

Un quotidien en ligne entièrement personnalisé, où chaque internaute pourrait trouver des articles correspondant exclusivement à ses propres goûts et intérêts ? Et pourquoi pas ? C’est en tout cas le projet annoncé par Mark Zuckerberg. Le géant des réseaux sociaux entend bientôt élaborer pour chacun un journal « sur-mesure », grâce à des algorithmes sélectionnant des articles sur le net à partir des informations personnelles diffusées sur la toile par chaque utilisateur.

Quelles conséquences une telle mesure pourrait-elle avoir sur l’ensemble du monde de la presse, et sur le journalisme web en particulier ? Des conséquences désastreuses, juge Christophe Agnus, président de la société de conseil Walabiz, ancien rédacteur en chef de la rubrique multimédias de L’Express et ex-patron de Transfert, un pure-player à la française.

Agnus critique tout d’abord le choix du terme « journal » employé par Zuckerberg. Car ce qui fait, selon lui, l’essence d’un journal – qu’il soit en ligne ou sur papier – est, précisément, la diversité des informations proposées, formant un panel dans lequel le lecteur peut piocher à sa convenance. Ce panel est lui-même déterminé par le choix des journalistes, constituant la ligne directrice du journal, et par là son identité. Vouloir créer un journal « personnalisé » pour chaque lecteur n’aurait donc, affirme M.Agnus, aucun sens.

Encourager la fermeture d’esprit ?

D’autre part, l’un des principaux intérêts de la presse est, précisément, « l’effet-surprise » : la possibilité de tomber sur un article qui, spontanément ou dans d’autres circonstances, ne nous aurait pas intéressé. Cet élément d’imprévu se révèle essentiel, en ce qu’il nous permet d’élargir nos centres d’intérêts, de s’ouvrir à d’autres points de vue et visions du monde. «Trier l’information en fonction de ses goûts, ses centres d’intérêt affichés, c’est renforcer chacun dans ses convictions, ses croyances, sans jamais, ou rarement, le confronter à l’altérité, à ce qui sort de son champ normal de vision et à sa culture personnelle », expose Christophe Agnus.

Une telle conception de l’information pourrait en outre avoir des conséquences durables et néfastes sur l’activité des journalistes eux-mêmes. Car quid de tous ces articles « marginaux » et décalés, traitant de sujets obscurs et méconnus, qui ne rentrent pas dans les cases habituelles ? Si l’idée d’une presse personnalisée induirait probablement des avantages économiques pour les journaux – c’est là d’ailleurs l’un des principaux arguments avancés par Zuckerberg – en augmentant potentiellement le taux de lecture et d’attention, la presse made in Facebook ne conduirait-elle pas, en définitive, à appauvrir l’information et limiter encore davantage son traitement à des considérations économiques ? Telles sont, dans tous les cas, les questions soulevées par le débat Mark Zuckerberg / Christophe Agnus.

 

Marie Mangez

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A propos Marie Maurisse

Journaliste en Suisse
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