Diviser pour mieux régner ?

Ils voulaient du dialogue, ils en ont eu. Mais peut-être trop. Face à la horde de trolls qui envahissent quotidiennement les médias numériques, beaucoup adoptent désormais de nouvelles stratégies pour anéantir ces ennemis invisibles. Cloisonnement, hiérarchisation ou censure de la parole, tous les moyens sont bons pour éviter que le débat – et la liberté – ne dérapent.

Ils étaient fiers nos chers médias de se lancer dans l’ère du participatif. Et puis paf, comme pendant celle du tout-gratuit, les premières difficultés ont rapidement pointé leur nez. C’est que parmi le flot incessant d’internautes qui commentent les articles web, tous ne sont pas animés d’une bonne foi délibérative. Au contraire, « nous vivons avec les trolls » ose affirmer Antonio A. Casilli, auteur des Liaisons numériques. Les petits mots parasites, stériles voire franchement diffamatoires, seraient donc devenus la règle sur la toile.

Dès lors, que faire pour alimenter l’agora citoyenne sans l’engluer dans un trop plein de remarques ineptes ? Comment susciter une parole libre sans tomber dans le blablatage ou l’étalage de bons – et surtout de mauvais – sentiments ? Tels sont les questions 2.0 qui agitent désormais les rédactions. Ces mêmes rédactions qui hier ne prêchaient plus que par le dialogue et l’interactivité. Ces mêmes rédactions qui aujourd’hui s’effraient de l’incontrôlable liberté d’expression.

Le diktat des réseaux sociaux.

Face à la réalité d’un internet qui court et d’internautes qui filent, certains médias ont ravalé leurs bonnes résolutions. En Amérique du Nord, plusieurs ont ainsi adopté une position draconienne : reléguer l’intégralité des commentaires d’articles laissés par les internautes sur les réseaux sociaux. Façon « d’externaliser » la conversation de l’article lui-même. Une attitude déjà adoptées par Popular Science, Pacific Standard, Re/code, ou encore Reuters. De quoi transformer Facebook et Twitter en plate-formes privilégiées et uniques de la parole citoyenne… Et alimenter un dialogue cloisonné, alimenté à grands coups de clics, de buzzs et de « j’aime ».

A noter la témérité d’un Washington Post, à contre-courant de la censure ambiante. Non content d’avoir employé six personnes à temps plein afin de gérer le flux quotidien de commentaires, c’est aussi ses journalistes qu’il charge de la lourde tâche de répondre aux retours des internautes. Manière de récréer les conditions d’un dialogue égalitaire et d’un journalisme qui s’interroge. Nonobstant un certain coût, évidemment. Et c’est souvent là que ça coince.

Tous les internautes sont égaux, mais certains le sont plus que d’autres.

En France, une méfiance autour des réseaux sociaux demeure. C’est donc sur des plate-formes novatrices ou à travers de nouveaux outils tous plus ingénieux les uns qu’est canalisée l’agora citoyenne. : outils de notation des commentaires par les lecteurs pour faire remonter les meilleurs, sélection par la rédaction pour chasser les autres (Rue 89), ou encore fils de discussion ouverts seulement aux abonnés (Lemonde.fr).

Tout solution est bonne à prendre du moment qu’elle ne se montre pas trop coûteuse. Plutôt que de choisir des modérateurs high-tech et onéreux, on privilégie la hiérarchisation de l’opinion publique. Car c’est bien de cela qu’il s’agit. Permettre à tous de s’exprimer mais ne donner de la visibilité qu’à certains. « Commentez ! Exprimez-vous ! Nous verrons ensuite si cela mérite d’être entendu », quel bel exemple de démocratie.

Chloé LM.

Publicités

A propos Marie Maurisse

Journaliste en Suisse
Cet article a été publié dans Administration. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s