Presse web Vs Trolls : la guerre est déclarée

Il peut être créatif, farceur, potache. Dans ses bons jours, il amuse l’Internet avec des canulars dignes des meilleurs poissons d’Avril. Il peut même, à l’occasion, faire réfléchir. Mais la plupart du temps, le troll est là pour nuire. Sarcastique, agressif, provocateur, quand il n’est pas également raciste, misogyne ou homophobe, ce double maléfique de l’internaute lambda ne participe à la discussion que pour nourrir la polémique – la plupart du temps jusqu’à la mort du débat.

Pour les journalistes, la tâche est ardue. Que faire quand le débat qui entoure un article se transforme progressivement en un festival d’injures, allusions fumeuses au IIIème Reich et autres ébauches riantes d’harcèlement sexuel ? Pas grand chose. Mike Godwin l’a montré non sans humour en 1990 : à ce stade, la discussion a atteint un point de non-retour – et autant y mettre un terme. Pire encore, ce sont les articles eux-mêmes qui souffrent au bout du compte de la grossièreté de ceux qui les commentent. Une étude de l’Université de Wisconsin-Madison révèle que les commentaires irrespectueux ont tendance à altérer la perception qu’a le lecteur de l’article concerné.

Face à ce constat, certains ont fait un choix radical. En 2013, le magazine américain Popular Science a annoncé à ses lecteurs la clôture de sa section commentaires, fatigué des discours anti-science et des débats stériles qui ternissaient ses pages. L’année suivante, le National Journal faisait de même, avec des résultats étonnants : le nombre de lecteurs à lire 2 pages ou plus avait alors augmenté de presque 20% en l’espace de quelques semaines.

Journalisme et Point Godwin

Pour ceux qui choisissent d’affronter les trolls, la lutte s’organise. Avec des chartes d’utilisation chargées de rappeler les consignes, le recours aux détecteurs d’insultes à la surveillance 24/7 de société spécialisées (Netino, Conciléo), la mobilisation de journalistes chargés d’animer le débat, les rédactions s’arment contre les commentateurs malveillants. Modérateur devient un travail à part entière.

Les expériences encourageantes existent. Au premier rang, celle de la Horde, la communauté de lecteurs rassemblée autour de Ta Nehisi-Coates. Le blogueur de The Atlantic est parvenu, au fil des années et d’un travail de modération réfléchi, à construire une bulle de respect et de débat constructif, donnant parfois l’opportunité à ses commentateurs les plus talentueux de signer leurs propres articles. La notoriété croissante du site a malgré tout fini par rattraper l’auteur, et la cacophonie et la violence qu’elle a apportée avec elle ont poussé Coates à fermer son forum. La rançon du succès.

D’autres sites font le choix de sections commentaires deluxe. Le trusted commenter program du New York Times permet aux commentateurs les plus fidèles d’être plus visibles sur le site, en échange d’un minimum d’informations personnelles. Dans cette nouvelle formule, la réorganisation des pages amène à la création de sous-conversations internes à chaque discussion. Une option de filtrage identifie les commentaires issus des journalistes du site. Gawker, lui, externalise les commentaires sur une plateforme dédiée, Kinja, où auteurs et lecteurs hiérarchisent et trient ensemble les contributions – écartant au passage les individus toxiques. Pour les créateurs du site, il n’y a pas de débat sans travail. Reste à savoir si le jeu en vaut la chandelle.

 

J.D

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A propos Marie Maurisse

Journaliste en Suisse
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