« Slow media » : l’avenir du journalisme web ?

Les journalistes web sont souvent amenés à traiter de l’actualité chaude, devant s’adapter au rythme rapide imposé par Internet. Mais certains journalistes ont décidé de ralentir la cadence.

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« La presse du 21ième siècle doit explorer d’autres rythmes, et réapprendre à surprendre, à étonner les lecteurs ». Dans son manifeste publié en 2013, la revue XXI, prend ses distances avec le journalisme 2.0.  Contre « l’infobésité », terme inventé par David Shenk en 1993 pour désigner le trop-plein d’informations, les fondateurs de la revue prônent un « journalisme utile ». Laurent Beccaria et Patrick de Saint-Exupéry, souhaitent sélectionner l’information et surtout prendre leur temps. En rupture avec le rythme imposé par Internet.

Ils se positionnent en plein dans la tendance du « slow journalisme » ou « slow media ». Le mouvement « slow » apparaît pour la première fois en Italie, dans les années 80, dans le domaine de la nourriture. Le « Slow Food » s’opposait alors aux fast-foods. C’est en 2010 qu’il investit le milieu journalistique, dans un article du Huffington Post américain. Son principe ? favoriser le temps long, le qualitatif plutôt que le quantitatif et le style narratif.

« Donner du sens à des sujets »

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Le site d’informations Les Jours propose des « obsessions » qui se déclinent en plusieurs épisodes

Initié d’abord dans la presse papier, le « slow » s’est également développé sur le web à l’image du site Les Jours, lancé en 2015 par des anciens journalistes de Libération. Le collectif confie à Télérama, son désir de « lutter contre cette infobésité, cette actu sans mémoire. [De] donner du sens, du temps, de l’espace à des sujets qui nous semblent importants… […] ». L’information dite « longue » est donc privilégiée, sous la forme d’« obsessions », comme les épisodes d’une série. Fabien Perrier, a suivi, par exemple, pendant des mois les Jaamour, une famille de réfugiés syriens en fuite. Le travail du journaliste web se détache alors quelque peu des contraintes liées à Internet. L’idée étant de traiter d’un thème d’actualité en racontant une histoire, avec plusieurs chapitres.

« le slow journalisme version numérique est ce que le mode plein écran est à la notification push »

Pour attirer les lecteurs sur le web, l’apparence est cependant primordiale, comme le précise Raphaël Garrigos à Télérama : « la mise en scène est importante, pas question d’utiliser de simples photos ». En somme, « le slow journalisme version numérique est ce que le mode plein écran est à la notification push », selon Clara-Doïna Schmelck, journaliste médias à Intégrales Mag et Socialter.

Un modèle viable ?

Ces sites d’informations comme Les Jours ou encore Imprévu, proposent aussi des modèles économiques différents. On ne trouve aucune publicité sur leurs sites. Ils sont payants et vivent donc des abonnements. Un pari qui peut s’avérer risqué, la gratuité sur le web étant encore privilégiée par les internautes.

Pourtant certains sites se revendiquant du « slow journalisme » connaissent des succès notables à l’image de De Correspondent, aux Pays-Bas, qui attirerait chaque jour 30 nouveaux abonnés, en moyenne. L’historien des médias, Patrick Eveno, reste tout de même prudent. Il craint que ces succès ne résident que dans un lectorat « de niche », c’est-à-dire un petit groupe de personnes, souvent avec un niveau d’éducation élevé. « C’est utopique de vouloir détacher le journalisme des contraintes économiques et financières, parce que le journalisme est né avec l’économie de marché », a-t-il affirmé à l’AFP.

Un défi qui n’effraie pas les journalistes des Jours qui espèrent atteindre 25 000 abonnés d’ici trois ans. D’autant plus que ce format leur garantit plus d’indépendance et de liberté dans le choix des sujets. Comme le précise Rob Orchard, fondateur de Delayed Gratification, pour le site Ina Global, « nous avons conçu le magazine que nous, journalistes, aurions envie de lire ».

Laura Andrieu

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