Web vs papier : vers une cohabitation complémentaire

Pourtant prophétisée à plusieurs reprises, la disparition de la presse papier n’est certainement plus d’actualité. Après le bouleversement du monde du journalisme des débuts de l’info en ligne et gratuite, entre la presse numérique et la presse papier l’heure est désormais à la coexistence pacifique. 

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L’apparition de la presse en ligne n’a pas tué la presse traditionnelle mais a restructuré le paysage médiatique. Le web est devenu avant tout le lieu de l’actualité en temps réel et a recentré le papier sur un travail de fond et provoqué l’émergence de nouveaux médias papiers en réaction à ce journalisme numérique.

Si près d’une lecture sur deux se fait dorénavant sur un écran, la presse écrite n’est pas morte pour autant. Comme avec l’apparition de la radio puis de la télévision, la presse papier s’adapte pour survivre à une nouvelle concurrence. Il y a de la place pour tous les supports et le web, loin de surcharger l’offre d’information, vient clarifier les contenus de chaque média.

Le print s’efface au profit du numérique

Selon l’Alliance pour les chiffres de la presse et des médias (APCPM), la presse imprimée a reculé en 2016 de 3,8% en termes de diffusion et de 3,1% en ce qui concerne l’audience tandis que les consultations numériques permettent à l’audience globale des marques de presse d’augmenter de 4% en un an.

En effet, il y a bien un recul généralisé de la lecture papier au profit de la lecture web en France. Cependant, il n’y a pas de guerre entre ces deux supports, seulement une redéfinition du paysage médiatique qui s’articule autour de trois phénomènes majeurs : l’émergence des pure players, la combinaison numérique et papier chez les grandes marques de presse et l’apparition de nouveaux médias 100% papiers.

Les pure players, le choix périlleux du tout numérique

Les années 2000 ont vu l’apparition et le développement de pure players de plus en plus nombreux. Ces médias 100% numériques comme Vice, Buzzfeed, Mediapart ou Rue89, ont fait le pari d’une offre totalement immatérielle rompant avec le traditionnel processus industriel lourd de publication[1].

Mais comme le souligne les Echos, ces nouveaux médias peinent à trouver un système économique viable via le marché de la publicité qui n’est pas rentable. Ainsi Mediapart fait figure d’exception avec la mise en avant d’un journalisme indépendant et de qualité rendu possible uniquement grâce aux abonnements des lecteurs, tandis que d’autres comme Rue89 sont rachetés par des grandes marques de la presse. Les pure players qui ne fédèrent pas immédiatement une réelle communauté de lecteurs sont condamnés à faire la course au clic coûte que coûte car comme le relève Jonatahan Mendez fondateur de la plate-forme publicitaire Yieldbot : « Hormis Google et Facebook, personne ne semble capable de prouver que la publicité en ligne fonctionne« .

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Pure Players

 

Le passage au numérique des géants du papier, de l’actu chaude pour le web et du papier glacé ?

Le Monde, le quotidien national le plus lu de France, a vite compris la nécessité de s’implanter sur le web. Avec un système d’accès gratuit à certains articles numériques et d’abonnements mêlant numérique et papier, le quotidien a très tôt su faire bon usage de cette nouvelle technologie.

Ainsi, le web fait la part belle à l’actu chaude avec les alertes sur smartphones et des infos en temps réel. De fait, les versions papiers se reconcentrent sur un traitement plus froid de l’actualité, avec des enquêtes, du texte long, car à l’heure du numérique, on a vite fait de servir du réchauffé.

En parallèle, on constate également l’émergence de titres papiers en réaction à l’hégémonie du court terme sur le numérique.

La revue XXI, le choix du temps long et de l’encre sèche

La revue trimestrielle XXI est un succès indéniable et propose des numéros épais, avec des enquêtes longues, de qualité et de la bande dessinée. Cette initiative n’est pas isolée, la revue « 6mois » et le lancement de l’Ebdo en 2018 vont également dans le sens d’un journalisme qui revendique s’approprier le temps long. C’est autre aspect inattendu de la recomposition du paysage médiatique clarifie un peu plus l’avenir de cette cohabitation entre la presse papier et la presse numérique.

[1] Voir Antheaume (Alice), Le journalisme numérique, SciencesPo Les Presses, Nouveaux Débats, 2013, p.11

 

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