Web contre papier : Comment la presse s’est trompée de bataille

Face à l’effondrement des ventes en kiosques internet faisait figure de sauveur ; on l’accuse maintenant de tous les maux. Mais la publicité, au centre des convoitises, dévoile plusieurs incohérences de cette prétendue « guerre fratricide ». Les exemples d’Ebdo et Revue Far-Ouest invitent à changer notre regard : Presse papier et sites web peuvent se révéler complémentaires, voire réinventer ensemble la profession.

patrick de saint exupéry découvrant le n°0 d'Ebdo, à peine imprimé (copyright Simon Danger)

Patrick de Saint-Exupéry découvrant le n°0 d’Ebdo, à peine sorti des rotatives (© Simon Danger)

Quand la hantise devient une rengaine, on parle de prophétie autoréalisatrice : Ainsi, les journalistes auraient eux-mêmes « achevé » la presse papier avec leurs premiers articles, mis en ligne gratuitement. Ce choix a certes entraîné d’énormes conséquences. Pour autant, le numérique ne doit pas être tenu seul responsable de la crise qui affecte les journaux depuis une quinzaine d’années.

Les tirages dégringolaient déjà lorsqu’internet émergea, plein de promesses. Aujourd’hui, il semble servir de bouc émissaire aux espoirs déçus. Sans doute parce qu’il renvoie à la destruction créatrice, marche du progrès obligeant les acteurs à s’adapter sous peine de disparaître. Reste que les écrans n’ont pas rendu le papier obsolète pour l’instant. S’il existe bien un conflit entre sites web et journaux c’est à cause des revenus publicitaires, « nerf de la guerre » en quelque sorte.

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SNAPCHAT: PROCHAINE SUCCESS-STORY DE LA PRESSE FRANÇAISE?

Depuis le lancement de sa section “Discover”, l’application au petit fantôme attire de plus en plus les grands titres de presse français. Objectif: séduire les nouvelles générations.

Qui a dit que le désormais célèbre petit fantôme jaune ne s’intéressait pas à l’information? Depuis la rentrée 2016 en France (janvier 2015 outre-atlantique), Snapchat, l’application de partage de messages et de vidéos lancée par l’américain Evan Spiegel propose à ses utilisateurs une nouvelle fonctionnalité baptisée “Discover”. Un canal d’information qui permet aux éditeurs traditionnels et autres pure players de diffuser leurs contenus sur la plateforme favorite des millenials.

En France un peu plus d’une dizaine de grands titres de presse, parmi lesquelles on retrouve Le Monde, Vice, L’Express ou encore L’Équipe, ont déjà franchi le pas. Il faut dire que l’idée a de quoi se laisser tenter. Avec plus de huit millions d’utilisateurs dans l’hexagone et alors que 51% des 15-24 ans déclarent utiliser l’application quotidiennement selon une enquête Médiamétrie, Snapchat représente un important lectorat potentiel. A l’heure où le format papier est en perte de vitesse, où les sites internet au format “desktop” ont du mal à retenir l’attention des jeunes générations, une collaboration avec le petit fantôme constitue une stratégie d’avenir particulièrement intéressante. Un moyen efficace de séduire les jeunes lecteurs, mais aussi de les fidéliser selon Jean-Guillaume Santi, responsable de la cellule Snapchat du Monde interrogé par Libération : “On fait le pari que les habituer au traitement de l’info et au sérieux du Monde dès cet âge leur permettra de nous lire toujours quelques années plus tard”.

 

Journalisme evanescent

Le principe est simple: “swiper” vers la droite et vous accédez à un kiosque virtuel. Il est alors possible de consulter le contenu proposé par les titres de presse partenaires de l’application en feuilletant les éditions de gauche à droite de manière très intuitive, à la manière des “story” qui ont fait le succès du réseau social. Les informations sont disponibles 24 heures puis disparaissent, laissant la place aux titres du jour. Ce nouveau format, très visuel, dynamique et éphémère correspond parfaitement aux attentes d’un lectorat lycéen, habitué à naviguer dans un univers d’images et consultant l’actualité au gré des notifications.  

Un nouvelle manière de diffuser l’information qui implique une nécessaire adaptation du côté des journalistes. Articles courts, textes sur les images, vidéos, infographies: tout est fait pour rendre l’information dynamique et enrichie du point de vue visuel pour retenir la – très courte? – attention du lecteur. Parler aux jeunes générations obligent aussi les journalistes à faire un effort continu de recontextualisation de l’information comme l’explique Jean- Guillaume Santi: Il faut qu’on réexplique sans cesse les histoires à nos lecteurs. Par exemple sur la Birmanie, il faut expliquer à chaque fois qui sont les Rohingyas”.

 

Les prémisses d’une véritable success-story

Avec une fréquentation allant de trois à cinq millions de visiteurs mensuels, le pari du Monde semble avoir été payant. Et ces audiences encourageantes n’ont certainement pas fini de grimper. La firme américaine continue de développer cet aspect afin de faire une vraie place à l’information. Evan Spiegel, lors du dévoilement de la nouvelle version de l’application fin novembre, a déjà annoncé la séparation stricte du contenu “Discover” de la partie “sociale” de la plateforme. Même le géant américain Google se positionne et s’apprête à lancer sa nouvelle plateforme baptisée “Stamp”, largement inspirée de Snapchat Discover. Une unanimité qui pourrait bien pousser d’autres éditeurs français à adopter définitivement ce petit fantôme devenu si populaire.

 

William Gazeau

 

 

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La presse est morte, vive la presse

Depuis une dizaine d’année, la presse écrite cherche à s’adapter au numérique, cherchant à tâtons un modèle économique viable qui lui permette de répondre aux nouvelles contraintes de son temps. Mais la presse peine, c’est du moins le constat dressé par Jean-Marie Charon, sociologue des médias à l’Ecole des Hautes études en Sciences Sociales lors d’une interview pour Alternatives Economiques : « De 2007 à 2015, le chiffre d’affaires de l’ensemble de la presse écrite est passé de 10,8 à 7,5 milliards d’euros, soit une baisse de 30 % ! ». La chute drastique des revenus des journaux traditionnels semble lancer une guerre entre le web et l’écrit. S’il est vrai que les ressources des organismes de presse ont été particulièrement affectées par l’arrivée du web, la presse écrite continue d’exister, maniant avec habileté ce nouvel outil, y voyant un nouveau moyen de faire vivre l’information.

Lutter, muter, s’adapter  

La version papier des journaux se vend moins, laissant de plus en plus la place aux étiolions PDF que l’on peut trouver en ligne. Selon le rapport de l’ACPM-OJD en 2016 : « la presse grand public enregistre en 2016 une baisse de de sa diffusion print 3,2 % par rapport à 2015 et dans le même temps les formats numériques présentent une hausse de 53,1 %. ». Pour autant, peut-on y voir la guerre de la presse contre la presse? Le Monde en version papier est-il en guerre avec LeMonde.fr ? S’il est vrai que l’écrit peine à concurrencer son camarade web, ces deux formats se complètent peut-être plus qu’ils ne se remplacent et s’éliminent. Internet a transformé notre société, et pour vivre avec son temps, l’adaptation est de rigueur. Comme tous, les journalistes ont trouvé à rebondir pour s’accoutumer de ce nouvel environnement.

Laisser libre cours à l’imagination 

Car, à la différence du format écrit, le web a pour lui sa multiplicité de médium, ouvrant ainsi le champ des possibles. La presse n’est plus écrite, radiophonique ou télévisuelle. La presse numérique est tout à la fois. Un mélange des genres innovant et captivant. Comment intégrer une dizaine de photographies sur une double page d’un journal? Comment faire entendre au lecteurs les bruits qui entourent le journaliste, et, ainsi, lui faire partager encore un peu plus l’expérience de l’auteur de l’article? Autant de possibilités impossibles à envisager à l’heure de l’impression des journaux. Autant de possibilités qui restent à explorer à l’heure du numérique. Les médias, se lancent dans de nouveaux formats pour captiver leur lectorat. Le Monde explique le monde à travers des cartes interactives et de courtes vidéos, RFI lance des reportages qui mélangent l’image, le son, l’écrit. Un nouveau style pour enrichir la plume, pour faire  vibrer l’information.

Dans un monde qui s’accélère, savoir prendre le temps

Si Internet peut pêcher pour avoir considérablement accéléré le monde de l’information, parfois au détriment d’informations de qualité -multiplication des fake news, pluralité de sources à la fiabilité parfois douteuse…, le web demeure un outil sur lequel sont apparus de nouveaux médias, favorisant le temps long. Les Jours, Mediapart, Arrêt sur images et bien d’autres encore. Pour Jean-Marie Charon, le numérique a, dans une certaine mesure, permis à des journalistes d’exercer une profession davantage en accord avec leurs valeurs et idéaux. S’offrait à eux la possibilité de renouveler le format, les sujets ou encore les moyens d’écriture. Des séries journalistiques pour donner à voir les invisibles, voilà l’invention des Jours, lancés principalement par des anciens journalistes du quotidien Libération;  un journal d’investigation de qualité, voilà la force du site Web Mediapart. Alors, ni guerre civile, ou fratricide, le web n’est que prolongation de l’écrit. Moyen supplémentaire pour permettre au reporter d’accomplir son devoir, celui, si cher à Albert Londres, « de porter la plume dans la plaie. ».

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La fin du papier : l’exemple de La Presse, journal canadien

La fin d’une époque. Le journal canadien La Presse deviendra un journal 100% numérique à compter du 30 décembre 2017. En d’autres mots, l’un des plus grand journal francophone du Canada abandonnera sa version papier du samedi à la fin de l’année.

Un processus déjà entamé

La direction du journal a arrêté la publication papier sur semaine le 1er janvier 2016 et a choisi d’opter pour une version numérique, La Presse+.Cette application pour tablette et smartphone est gratuite et contient tous les articles publiés en ligne. Selon l’édito de Pierre-Elliott Levasseur, président du groupe, publié le 1er juin 2017, « au cours de l’année 2016 seulement, l’engouement pour La Presse+ s’est traduit par une hausse impressionnante de 18,7 % de son auditoire, la moyenne quotidienne des ouvertures se chiffrant aujourd’hui à plus de 273 000 tablettes uniques« . Il ajoute ensuite que 90% des revenus publicitaires proviennent des plateformes numériques.

Le directeur justifie ce choix d’un passage à un modèle 100% numérique par une adaptation nécessaire aux transformations que subit l’industrie des médias depuis l’apparition du web :  » La Presse continue d’adapter ses structures organisationnelles aux réalités de son environnement numérique ».

49 postes supprimés

Une des conséquences immédiates de la suppression de la version papier du samedi est la suppression de 49 emplois, dont 17 de la rédaction. Le directeur affirme que ces employés se verront offrir des mesures d’accompagnement, et un programme de départ volontaire sera mis en place. En septembre 2015, La Presse avait supprimé 158 postes, dont 43 à la rédaction, lié au passage de la version papier à la version numérique.

Dans un communiqué publié sur Facebook, les syndicats de La Presse font part de leur mécontentement. Charles Côté, président du syndicat des travailleurs de La Presse, a indiqué sur Radio-Canada que « les syndicats ont proposé des solutions à la direction pour réduire la masse salariale en septembre, comme la semaine de quatre jours [32 heures par semaine] pour les employés de la rédaction« .

« La presse en danger »

Dans une lettre ouverte publiée par la Fédération nationale des communications (FNC) et signée par une dizaine de grandes entreprises canadienne, dont le Conseil du Patronat du Québec, la fédération réclament un meilleur soutien de la presse écrite au gouvernement Trudeau. Elle accuse le premier ministre canadien d’avoir pris « des décisions fortement contestées qui sont favorables à certaines multinationales du divertissement et du Web, sans manifester son intérêt à protéger nos médias écrits« .

Selon la FNC, 43% des emplois du secteur ont été perdus entre 2009 et 2015 au Québec. Elle accuse les géants du web comme Facebook ou Google « d’utiliser les contenus produits à grands frais par les journaux tout en vampirisant leurs indispensables revenus publicitaires ».

En réponse à cette lettre, la ministre du Patrimoine, Mélany Joly, à qui la lettre était aussi adressée, a indiqué lors dune session au parlement que le gouvernement allait investir prêt de 75 millions de dollar pour les médias locaux et périodiques.

C.O

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Médias : quand presse écrite et web ne font qu’un

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Non. La presse écrite n’est pas condamnée. Non. Le web n’est pas son ennemi. Le nombre d’abonnés print ne cessant de chuter, la presse écrite a, ces dernières années, repensé son modèle économique. Désormais, papier et web composent ensemble.

Oui. La presse écrite survivra. Mais à quelques conditions. Pour échapper à leur destin darwinien, les rédactions doivent refonder les stratégies éditoriales en intégrant le web comme support égal au papier.

« Ce qu’on constate, c’est que le print, du fait de sa longue histoire, à souvent été considéré par les rédactions comme étant plus « noble » que le web », explique Raphaëlle Laurent, chef du pôle vidéo et nouveaux formats numériques des Echos.

Mais cette époque est révolue. Aujourd’hui print et web doivent chanter la mélodie de l’information en choeur

Un nouveau modèle pour une nouvelle vie

Le web est un fabuleux support. Avec l’essor d’internet, la diffusion de l’information s’est considérablement densifiée. Chacun peut être à la pointe de l’actualité grâce à son smartphone. À tel point que les journaux quotidiens perdent en plus-value : aussitôt imprimés et vendus en kiosque, l’information qui y est présentée est déjà périmée.

Quel est l’intérêt pour un lecteur lambda de débourser quelques euros dans un quotidien immense, non pratique à lire dans les transports en commun, quand l’information qui y figure est disponible en deux clics sur le web ?

 « Tout le monde a bien conscience que les modes de consommation ont changé, et que le print ne remplit plus la même fonction  qu’autrefois », explique Raphaëlle Laurent.

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Une du magazine L’Équipe

Aux rédacteurs de presse écrite d’innover pour donner une nouvelle vie au média le plus ancien. « On le voit bien sur Médiapart ou le Huffington, quand vous offrez quelque chose de différent, ça fonctionne », dit Christine Goguet, directrice des éditions spéciales du Parisien. Ne pouvant suivre le rythme du numérique, le papier devrait  laisser le traitement « main stream » de l’information pour se consacrer à des formats plus développés et approfondis. Christine Goguet est convaincue : les quotidiens papiers doivent céder leur place aux magazines, qui offrent des contenus plus fouillés, et agréables à lire. On pense bien évidemment au Magazine L’Equipe et ses photos qui font sa force.

 

Contrecarrer la gratuité d’internet, un enjeu de taille

Paradoxalement, peu se soucient de l’avenir du journalisme web, pourtant menacé par la gratuité d’internet. Compte tenu de son faible coût sur la toile, la publicité ne suffit pas pour permettre aux médias d’exister sans difficultés sur le web.

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Aperçu du site internet du Parisien une fois avoir consulté le nombre d’articles offerts par mois

Un autre problème se pose : comment rémunérer les journalistes, qui réalisent exactement le même travail qu’à l’ère du papier, si les informations diffusées restent gratuites ? Visiblement, la migration de la plupart des titres de presse écrite a fait l’objet d’une stratégie défaillante.

 « Les contenus ont un coût. Quand on paye un journaliste pour faire une enquête, ça a un coût. On n’aurait pas dû proposer des contenus gratuits, c’était une très mauvaise idée ! » déplore Christine Goguet.

Convaincre les lecteurs print de s’abonner à l’offre digitale, tel est le grand défi auquel fait face la presse écrite. Au Parisien, les internautes ont accès à un nombre d’articles limité par mois mais il est difficile de changer les habitudes des lecteurs.

Optimiste, Raphaëlle Laurent considère « qu’il est probable qu’il se passera pour les médias la même chose que pour la musique en ligne il y a quelques années, mais c’est encore un processus en cours ». Les Echos affichent cette année une hausse d’abonnés web de 14 % : « 30 % du chiffre d’affaires vient du digital désormais ! », s’enthousiasme Isabelle Lesniak, chef de rubrique Les Echos Week-end. Pari difficile mais pas impossible.

 

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Web, papier : la guerre des égos

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Post-vérité, fact-checking ou alternative facts, beaucoup de maux sont attribués aux nouveaux médias du web, perçus comme une menace tant pour le métier de journaliste que pour l’éloge de la vérité. Mais les chiffres sont marquants : 43 % des français consultent les réseaux sociaux pour s’informer. Ils étaient même 74 % chez les moins de 25 ans (Harris Institute, mars 2016). Plus rapide, plus facile et surtout moins chère, l’information s’est digitalisée, au grand damne des fervents de la presse papier. Sœurs ennemies, les deux presses continuent d’exister côte-à-côte, jouant de leurs atouts pour garder leurs troupes en position. Lire la suite

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Web vs Papier : Les blogueurs détrônent-ils les journalistes ?

Au développement du Web 2.0 est attaché celui des blogueurs. Particuliers ou professionnels, ils ont envahi la toile de leur contenu venant chevaucher les frontières de leurs confrères journalistes.


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